Le 13 juin 2026, la Guinée a lancé les travaux de la raffinerie d’alumine de Chalco sur le site de Lisso-Demougala, un projet d’un milliard de dollars. Moins d’un mois après la signature des accords, cette initiative s’inscrit dans une stratégie nationale visant à accroître la transformation locale de la bauxite. Avec désormais trois raffineries en chantier, le pays amorce une rupture historique avec le modèle d’exportation du minerai brut.

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La cérémonie, coprésidée par le Général Amara Camara et Djiba Diakité, président du Comité stratégique de Simandou, témoigne de la volonté politique de lier les grands projets extractifs. La présence de Diakité, figure clé du projet Simandou, souligne la convergence entre les filières bauxite et fer, toutes deux au cœur de la stratégie de souveraineté économique guinéenne.

Premier producteur mondial de bauxite avec environ 123 millions de tonnes en 2025, la Guinée n’a longtemps exporté que du minerai brut, laissant à d’autres pays – Chine, Australie, Irlande – la valeur ajoutée du raffinage. Cette situation a privé l’État de recettes importantes et maintenu le secteur minier dans un rôle d’extraction primaire. Le lancement de la raffinerie Chalco, prévue pour produire 1,2 million de tonnes d’alumine par an, s’ajoute aux projets de SPIC et du consortium Winning à Dobali, portant la capacité totale envisagée à plusieurs millions de tonnes.

Des besoins énergétiques colossaux

La transformation de la bauxite en alumine requiert d’importants volumes d’électricité et de vapeur. Chaque tonne d’alumine nécessite environ 200 kWh d’électricité, sans compter le chauffage des bauxites. Or, la Guinée dispose d’un potentiel hydroélectrique considérable, encore partiellement exploité. Le barrage de Souapiti, sur le fleuve Konkouré, mis en service en 2025, offre une capacité installée de 450 MW. Un programme de formation d’ingénieurs a d’ailleurs été lancé à son pied en mai 2026, selon des sources locales, pour renforcer les compétences nécessaires à l’exploitation de ces infrastructures.

Ce lien entre énergie et industrie minière est crucial. Sans une électricité fiable et abondante, les raffineries ne pourraient fonctionner à plein régime. Les autorités guinéennes ont donc articulé leur politique : le développement hydroélectrique sert de colonne vertébrale à la transformation locale des ressources. Le projet Chalco, comme les autres, dépendra de cette disponibilité énergétique, ce qui explique l’urgence des investissements dans le secteur électrique.

Une dynamique régionale à surveiller

Cette accélération de la transformation locale ne concerne pas uniquement la Guinée. Dans la région, d’autres pays producteurs de bauxite – notamment le Ghana et la Sierra Leone – observent ces évolutions. Le port de Lomé, hub logistique majeur pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, pourrait voir transiter davantage d’alumine guinéenne à l’export, mais aussi servir de plateforme pour l’importation d’équipements. Par ailleurs, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a dévoilé en mai 2026 un « Pacte d’avenir » en six piliers, dont l’un porte sur l’industrialisation et la transformation locale des matières premières. La Guinée s’inscrit dans cette vision, même si ses choix restent souverains.

La mise en œuvre de ces trois raffineries pose toutefois des défis. Le financement, l’accès aux technologies, la formation de la main-d’œuvre et la viabilité économique à long terme sont autant de questions. Les accords avec les partenaires chinois (Chalco, SPIC) et le consortium Winning (notamment singapourien) reflètent une ouverture à des capitaux étrangers, mais aussi une dépendance technologique. Le pays devra trouver un équilibre entre attirer les investissements et préserver sa souveraineté industrielle.

Le lancement de la raffinerie Chalco marque une étape décisive dans la stratégie guinéenne de valorisation de sa bauxite. À travers la multiplication des projets de raffinage, le pays cherche à transformer un avantage comparatif en levier de développement durable. Reste à savoir si l’intégration énergétique, les infrastructures de transport et l’environnement des affaires permettront de concrétiser ces ambitions. Cette dynamique, si elle se confirme, pourrait redessiner la carte de l’industrie de l’alumine en Afrique de l’Ouest.