La Guinée a signé le 22 mai 2026 un accord avec la filiale guinéenne d'Aluminum Corporation of China (Chalco) pour la construction d'une raffinerie d'alumine à Boffa, d'une capacité de 1,2 million de tonnes par an. Cet investissement de 1,68 milliard de dollars s'inscrit dans le Programme Simandou 2040 et l'accord-cadre entre les présidents Mamadi Doumbouya et Xi Jinping. Il s'agit du troisième projet d'affinage de bauxite lancé dans le pays depuis l'indépendance, après ceux de SPIC (2027) et Winning Consortium (2028), confirmant une lame de fond vers la transformation locale des ressources.

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La signature de l'accord avec Chalco à Boffa marque un nouveau jalon dans la stratégie de la Guinée de briser la dépendance à l'exportation brute de bauxite. Alors que le pays détient les plus grandes réserves mondiales, la quasi-totalité de sa production part encore sous forme de minerai brut, principalement vers la Chine. Avec l'ambition affichée de mettre en service cinq raffineries d'ici 2030, Conakry cherche à capter une plus grande part de la valeur ajoutée et à transformer sa richesse minière en levier de développement industriel.

Une réponse à la pression des cours et à la demande chinoise

Le choix de Chalco n'est pas anodin. Le géant chinois de l'aluminium, déjà très présent dans l'extraction en Guinée, sécurise ainsi son approvisionnement en amont tout en répondant aux exigences croissantes de Pékin en matière de sécurité des ressources. La Chine importe plus de la moitié de sa bauxite de Guinée, mais Pékin pousse désormais ses entreprises à délocaliser une partie du raffinage pour réduire les coûts logistiques et les risques géopolitiques. Ce mouvement coïncide avec une volatilité des cours de l'alumine et une pression des pays producteurs pour une transformation locale.

Des retombées conditionnées à la mise en œuvre

L'accord prévoit des engagements concrets : 500 bourses d'études sur 20 ans dans les filières techniques, la construction d'une école d'ingénieurs, des mesures pour l'emploi local et le transfert de compétences. Ces clauses, courantes dans les nouveaux contrats miniers guinéens, visent à éviter l'écueil des enclaves économiques sans ancrage local. Cependant, la réussite de tels dispositifs dépendra de la capacité de l'État à suivre leur exécution et à créer un environnement favorable à l'émergence de compétences nationales. Le précédent des projets de Simandou, marqué par des retards et des contentieux, invite à la prudence.

Implications régionales : un modèle pour l'Afrique de l'Ouest ?

La Guinée n'est pas la seule à vouloir monter dans la chaîne de valeur. Le Cameroun accélère son projet Minim Martap, le Ghana envisage des raffineries de bauxite, et la Côte d'Ivoire explore ses gisements. Cette dynamique pourrait redessiner les flux commerciaux de la filière aluminium en Afrique de l'Ouest, avec des implications pour les infrastructures portuaires et énergétiques. La raffinerie de Boffa, comme celles à venir, nécessitera une alimentation électrique stable – un défi dans une région où le déficit énergétique freine l'industrialisation. Les autorités tablent sur le gaz et l'hydroélectricité pour soutenir ces nouvelles capacités.

Sur le plan des revenus, la transformation locale promet d'accroître les recettes fiscales et les retombées pour l'économie guinéenne. Chaque tonne d'alumine exportée rapporte davantage que la bauxite brute, et les accords incluent des clauses de partage de la production ou des royalties. Mais cet optimisme doit être tempéré par le risque de dépendance à un partenaire unique, la Chine, déjà premier investisseur minier dans le pays. La diversification des partenaires – la CBG (Guinea Alumina Corporation) suscite aussi l'intérêt du Japon – pourrait équilibrer les rapports de force.

Enfin, le projet s'inscrit dans la feuille de route du Programme Simandou 2040, qui lie l'exploitation du fer à la transformation de la bauxite. Cette interconnexion reflète une vision intégrée du sous-sol guinéen, où chaque ressource doit servir le développement national. Reste à savoir si les échéances seront respectées et si les promesses de la raffinerie de Boffa se concrétiseront dans les délais – un test pour la crédibilité de la nouvelle politique minière du pays.

La raffinerie de Boffa est un pas de plus dans la quête guinéenne de souveraineté minière, mais elle soulève des questions structurelles : comment financer les infrastructures nécessaires, former une main-d’œuvre qualifiée et garantir des débouchés rentables ? Toute l'Afrique de l'Ouest minière observe ce pari, qui pourrait soit servir de modèle, soit illustrer les difficultés d'une industrialisation par les ressources.