Le jeudi 22 mai 2026, la Guinée et Chalco Guinea Company ont signé les accords pour la construction d’une raffinerie d’alumine à Boffa, d’un coût de 1,68 milliard de dollars. Ce projet, le troisième du genre depuis l’indépendance, s’inscrit dans le Programme Simandou 2040 et marque une étape décisive dans la politique de valorisation locale des ressources minières. Il confirme la rupture avec le modèle historique d’exportation de minerai brut, amorcée sous la présidence de Mamadi Doumbouya.

Infographie — Mines · Guinée

L'accord signé le 22 mai 2026 entre la République de Guinée et Chalco Guinea Company pour la construction d'une raffinerie d'alumine à Boffa s'inscrit dans une dynamique de long terme. Porté par le président Mamadi Doumbouya, ce projet est le prolongement direct de l'accord-cadre sino-guinéen conclu lors du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) début 2026. Il témoigne d'une volonté politique affirmée de transformer localement les matières premières, en rupture avec le modèle d'extraction brute qui a prévalu depuis l'indépendance.

Avec une capacité annuelle de 1,2 million de tonnes d'alumine, la raffinerie de Boffa s'ajoute à deux autres projets déjà engagés : celle portée par SPIC, attendue pour 2027, et celle du Winning Consortium Alumina Guinea, annoncée pour 2028. Ensemble, ces trois infrastructures pourraient placer la Guinée parmi les premiers producteurs africains d'alumine, un produit à plus forte valeur ajoutée que la bauxite brute. Le coût total de 1,68 milliard de dollars, dont plus d'un milliard pour les infrastructures de raffinage, témoigne de l'ampleur de l'investissement.

Ce recentrage industriel s'inscrit dans le Programme Simandou 2040, qui vise à structurer l'ensemble de la filière minière guinéenne autour de la valorisation locale. Djiba Diakité, président du Comité stratégique de Simandou, déclarait dès 2023 que « l'époque de l'extraction brute sans valeur ajoutée locale semble entrée dans une phase de démantèlement irréversible ». La signature de l'accord avec Chalco concrétise cette vision, après des années de discours sur la souveraineté économique.

Une dynamique régionale de valorisation des ressources La Guinée n'est pas un cas isolé en Afrique de l'Ouest. Le Burkina Faso, par exemple, accélère sa stratégie de souveraineté économique autour de l'or, avec une production industrielle de 51,5 tonnes fin 2025. Plusieurs pays de la région adoptent des politiques de transformation locale, qu'il s'agisse du cacao en Côte d'Ivoire ou du pétrole au Niger. Cette tendance révèle une prise de conscience collective : la rente minière ne profite pleinement au développement que si elle génère de l'emploi et des compétences sur place.

Les accords signés avec Chalco prévoient un cadre contractuel structuré, incluant des exigences techniques précises, des obligations de performance et des mécanismes de contrôle. Cette approche contraste avec les contrats miniers souvent opaques du passé, et pourrait servir de modèle pour les futures négociations. Elle montre que Conakry entend peser sur les conditions de l'investissement étranger, tout en attirant des capitaux massifs.

Reste à surmonter des défis majeurs, notamment en matière d'énergie et de logistique. Une raffinerie d'alumine consomme beaucoup d'électricité, alors que le réseau guinéen reste fragile. La construction du chemin de fer transguinéen, lié au développement de Simandou, est un préalable indispensable pour acheminer la bauxite vers les sites de transformation et les ports. Sans ces infrastructures, le risque de dérapages calendaires et budgétaires est réel.

La question du financement se pose également. Si Chalco Guinea Company apporte des capitaux, le coût total des trois raffineries dépasse plusieurs milliards de dollars. La Guinée devra arbitrer entre ses ambitions industrielles et la soutenabilité de sa dette. La coopération chinoise, via la FOCAC, offre un cadre favorable, mais elle n'exonère pas d'une gestion rigoureuse des fonds publics.

L'accord de Boffa s'inscrit dans une tendance plus large de réappropriation des chaînes de valeur par les États africains. En transformant sa bauxite sur place, la Guinée cherche à capter davantage de richesses et à créer des emplois qualifiés. Mais la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité à concilier ambition industrielle, financement durable et maîtrise des infrastructures. D'autres pays producteurs de minerais observent cette expérience avec attention : elle pourrait redéfinir les termes du partenariat entre l'Afrique et ses investisseurs étrangers.