Alors que le Sénégal s'engage dans l'exploitation de son pétrole avec le champ Sangomar, la déclaration du président Bassirou Diomaye Faye sur l'apaisement politique interroge. Ce samedi, au King Fahd Palace, le chef de l'État a évoqué les pertes en vies humaines des dernières années, dans un message interprété comme une mise en garde à Ousmane Sonko. La rivalité entre les deux têtes de l'exécutif pourrait fragiliser la stabilité nécessaire aux investissements énergétiques.

Un message politique aux implications économiques

Le président Faye a prononcé un discours à double lecture : d'un côté, un appel à ne plus répéter les violences politiques passées ; de l'autre, une menace voilée contre ceux qui 'bousculent la quiétude'. Cette intervention survient dans un contexte de recomposition politique, avec le lancement d'un nouveau parti présidentiel et des départs au sein de Pastef. Pour les investisseurs pétroliers, ces signaux de tension entre les deux figures de l'exécutif sont scrutés de près.

Sangomar au cœur des enjeux de souveraineté

Le Sénégal a misé sur le champ Sangomar, opéré par Woodside, pour amorcer sa transition énergétique et accroître ses revenus. Depuis le début de l'exploitation en 2024, les recettes pétrolières doivent financer les infrastructures et réduire la dépendance aux importations. Mais tout risque politique peut compromettre ces objectifs : retards dans les projets, fuite de capitaux, ou renégociations de contrats.

La stabilité comme préalable aux investissements

Les compagnies pétrolières exigent un environnement juridique et politique prévisible. Or, les tensions entre le président et son Premier ministre, Ousmane Sonko, créent une incertitude. Leur rivalité s'inscrit dans une lutte d'influence sur la gestion des ressources extractives. Le discours de Diomaye Faye, s'il ne cite personne, indique que l'exécutif cherche à verrouiller le jeu politique, peut-être pour asseoir son autorité sur les futurs grands contrats.

Un contexte régional qui renforce l'urgence

L'Afrique de l'Ouest connaît une fièvre pétrolière : le Niger mise sur l'oléoduc vers le Bénin, la Côte d'Ivoire développe Baleine. Dans ce concert, le Sénégal doit démontrer sa fiabilité. Les récentes fluctuations des cours du brut, liées aux tensions au Moyen-Orient (frappes américaines en Iran, destruction de capacités de GNL au Qatar), rappellent la volatilité des marchés. Une crise politique interne serait le pire signal pour attirer les financements nécessaires à l'expansion de la production.

L'ombre des précédents africains

L'histoire récente du continent montre que l'instabilité politique retarde les projets pétroliers : Mozambique avec le gaz, Nigeria avec les vols de brut. Le Sénégal, longtemps considéré comme une île de stabilité dans une région troublée, voit ce capital s'éroder. Les propos du président tentent de rassurer, mais la rivalité persistante avec Sonko laisse planer un doute sur la capacité à gérer les futures mannes pétrolières sans conflit.

Au-delà des rivalités personnelles, l'enjeu est celui d'une gouvernance inclusive des ressources naturelles. Le pétrole peut être un levier de développement ou un facteur de tensions. La manière dont Diomaye Faye et Sonko géreront leurs différends déterminera si le Sénégal rejoindra le cercle des producteurs stables ou celui des paradoxes de la malédiction des ressources.