En avril 2026, les rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes du GSIM ont repris Kidal, deux ans et demi après en avoir été chassés par l’armée malienne et les mercenaires de Wagner. Si le nord du pays n’est pas une zone aurifère majeure, cette offensive ravive les craintes sur l’insécurité qui gangrène l’ensemble du territoire et menace l’exploitation de l’or, premier produit d’exportation du Mali. Depuis plusieurs mois, des alertes sur la production des mines de Fekola et Loulo signalent des perturbations liées à l’instabilité.

Infographie — Or · Mali

Le Mali est le troisième producteur d’or en Afrique, avec environ 70 tonnes par an, représentant près de 80 % de ses recettes d’exportation. Les gisements se concentrent dans l’ouest et le sud du pays, loin de Kidal. Mais la reprise de la principale ville du nord par les indépendantistes, soutenus par des groupes djihadistes, illustre une dégradation continue de la sécurité, qui affecte indirectement le secteur minier. Les routes d’approvisionnement, notamment celles reliant Bamako aux mines de Kayes, sont régulièrement visées par des attaques, ce qui retarde la livraison de matériel et l’évacuation du minerai. De plus, la présence de mercenaires russes dans les zones aurifères suscite des tensions locales et des accusations de violations des droits humains, comme en témoigne le reportage de Samir Maouche à Kidal où les habitants décrivent les violences subies par Wagner.

Une confiance des investisseurs mise à l’épreuve

La reprise de Kidal intervient dans un contexte déjà tendu pour l’industrie aurifère malienne. En 2025, les autorités de transition ont renégocié les contrats miniers, exigeant une part plus importante des revenus pour l’État et un transfert de propriété. Plusieurs compagnies étrangères, comme la canadienne Barrick Gold (exploitant de Loulo-Gounkoto) et l’australienne B2Gold (Fekola), ont vu leurs marges réduites. L’insécurité croissante pourrait les inciter à reporter leurs investissements, voire à se désengager, comme l’a fait Air France en suspendant ses vols vers Bamako plus tôt en 2026, signe d’un isolement diplomatique et économique.

L’or comme levier de souveraineté ?

Pour la junte d’Assimi Goïta, le contrôle des ressources minières est un enjeu de souveraineté. En renégociant les conventions, elle cherche à augmenter les recettes fiscales pour financer une armée en pleine restructuration et réduire la dépendance aux partenaires étrangers. Mais la volatilité sécuritaire compromet ce calcul. Sans un minimum de stabilité dans les zones de production, les rendements des mines pourraient baisser, privant l’État de précieuses devises. Par ailleurs, la reprise de Kidal ravive la question de l’intégrité territoriale : si le FLA contrôle une partie du nord, comment garantir la sécurité des couloirs miniers ? Les autorités peinent à déployer des forces dans les régions aurifères, déjà sous la menace de groupes armés.

La situation révèle aussi les limites du partenariat avec la Russie. Wagner, accusé d’exactions, n’a pas empêché la chute de Kidal. Dans les mines, leur présence est davantage perçue comme une source d’instabilité que comme une garantie de sécurité. Les incidents de juin 2026 rapportés par la presse (alertes sur les mines de Fekola et Loulo) pourraient être liés à des affrontements entre forces maliennes et groupes armés dans les zones d’accès aux gisements.

Vers une redéfinition des équilibres régionaux

L’offensive du 25 avril ne se limite pas au nord. Elle témoigne d’une recomposition des alliances entre indépendantistes touareg et djihadistes, qui pourraient étendre leur influence vers l’ouest. Les mines d’or, cibles lucratives, pourraient devenir des objectifs stratégiques pour ces groupes, soit pour les piller, soit pour en perturber l’exploitation afin d’affaiblir l’État. Le Mali, déjà isolé diplomatiquement (suspension des vols d’Air France, fermeture de certaines ambassades), risque de voir ses recettes chuter, compromettant sa capacité à maintenir l’ordre.

Au-delà de l’or, c’est tout le modèle économique extractif du Sahel qui est fragilisé par l’extension des zones grises. Le Mali n’est pas un cas isolé : au Burkina Faso voisin, l’insécurité a déjà contraint plusieurs mines à réduire leur production. La reprise de Kidal par les rebelles sonne comme un avertissement : sans une pacification durable, la manne aurifère restera un espoir fragile, incapable de financer la souveraineté tant convoitée.