Les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe par l'Union européenne ont bondi de 16% au premier trimestre 2026, atteignant 6,9 milliards de mètres cubes, leur plus haut niveau depuis 2022, selon un rapport de l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA). Ce record intervient alors que Bruxelles s'est fixé pour objectif d'interdire toutes les importations de gaz russe d'ici l'automne 2027. Pour le Sénégal et la Mauritanie, dont les projets gaziers entrent en phase de production, cette fenêtre d'opportunité pourrait redessiner les équilibres énergétiques régionaux et renforcer leur souveraineté, mais à condition de répondre à des défis commerciaux et de transparence.
GNL russe record en Europe : quelle fenêtre pour le gaz sénégalo‑mauritanien ?
Les importations de GNL russe par l’UE bondissent de 16% au T1 2026, alors que Bruxelles vise une interdiction totale d’ici 2027. Une opportunité pour le champ GTA (Sénégal/Mauritanie) ?
La Russie reste le 2ᵉ fournisseur de GNL du bloc, malgré l’objectif d’interdiction totale d’ici 2027.
L’UE cherche à remplacer le GNL russe d’ici 2027. Le gaz sénégalo‑mauritanien pourrait capter une partie de cette demande, mais doit relever des défis commerciaux et de transparence.
Volonté affichée de réduire la dépendance au gaz russe.
La Russie reste 2ᵉ fournisseur de GNL.
6,9 Md m³ — plus haut niveau depuis 2022.
Fenêtre d’opportunité pour le GNL sénégalo‑mauritanien.
Négocier des contrats compétitifs face à d’autres fournisseurs.
Respecter les standards internationaux pour rassurer les acheteurs.
Le champ GTA entre en phase de production : volume et fiabilité à prouver.
Un paradoxe européen
L'étude de l'IEEFA révèle que la France, l'Espagne et la Belgique sont les principaux moteurs de cette hausse. La France a notamment importé plus de GNL russe que tout autre pays européen au premier trimestre, avec un record en janvier. Cette augmentation contraste avec la volonté affichée de réduire la dépendance énergétique envers Moscou depuis l'invasion de l'Ukraine. En 2025, le GNL représentait déjà 45% des importations gazières de l'UE, mais le gaz russe continue d'affluer, maintenant le pays au rang de deuxième fournisseur de GNL du bloc. Le paradoxe est d'autant plus frappant que la Commission européenne prévoit une interdiction totale des importations russes d'ici 2027, invoquant des raisons de sécurité et de financement de la guerre.
La fenêtre ouest-africaine
Pour le Sénégal et la Mauritanie, copropriétaires du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) développé par BP et Kosmos Energy, cette situation crée une demande potentielle accrue à court et moyen terme. Alors que la production de GTA a démarré en 2025, les premiers volumes destinés à l'exportation arrivent sur un marché européen en pleine recomposition. L'urgence de trouver des alternatives au gaz russe d'ici 2027 pourrait accélérer les négociations de contrats d'approvisionnement à long terme avec les pays ouest-africains. Cela représente une opportunité pour ces États de sécuriser des débouchés stables et de maximiser les retombées économiques de leurs ressources.
Souveraineté énergétique régionale
Les récents discours des autorités sénégalaises, notamment lors du Salon international de l'énergie et du pétrole (SIEPA) en mai 2026, ont mis l'accent sur la souveraineté énergétique et la transparence dans la gestion des hydrocarbures. L'évolution de la demande européenne renforce la position de négociation de Dakar et Nouakchott, qui peuvent désormais envisager une diversification de leurs clients au-delà des partenaires traditionnels comme la Chine ou l'Inde. Cette fenêtre pourrait également stimuler les investissements dans les infrastructures gazières régionales, comme le gazoduc reliant les deux pays, et renforcer l'intégration énergétique ouest-africaine.
Des défis persistants
Cependant, la concurrence est rude. Les États-Unis, déjà premier fournisseur de GNL de l'UE, continuent d'accroître leurs capacités d'exportation. Le GNL ouest-africain doit également faire face à des coûts de transport plus élevés que le gaz russe via gazoducs, et à des exigences croissantes en matière de normes environnementales et de transparence financière. Les précédents articles de Cauris.africa ont souligné les efforts du Sénégal pour garantir une gestion transparente des revenus pétroliers et gaziers, un enjeu crucial pour éviter la malédiction des ressources. La pression européenne sur la traçabilité du gaz pourrait ainsi devenir un atout si les pays producteurs adoptent des standards élevés.
Une fenêtre à ne pas manquer
La conjoncture géopolitique, avec les tensions au Moyen-Orient qui perturbent les routes d'approvisionnement, ajoute une prime à la diversification des sources. Pour le Sénégal et la Mauritanie, le timing est favorable : leurs projets gaziers arrivent à maturité au moment où l'Europe cherche désespérément à remplacer le gaz russe. Mais pour transformer cette opportunité en avantage durable, il faudra non seulement sécuriser les contrats d'achat, mais aussi investir dans des infrastructures de liquéfaction et de transport, et garantir une gouvernance exemplaire. L'évolution des relations entre le Sénégal et le Botswana, évoquée dans un précédent article, montre une volonté de partenariats stratégiques au-delà des ressources brutes, une approche qui pourrait s'appliquer au secteur gazier.
La pression sur les approvisionnements européens ravive l'intérêt pour les sources alternatives de GNL, dont celles d'Afrique de l'Ouest. À l'heure où la Russie reste un fournisseur incontournable malgré les sanctions, les projets sénégalo-mauritaniens incarnent un potentiel de diversification pour l'Europe et de souveraineté pour la région. Mais ce rendez-vous énergétique ne sera gagné qu'au prix d'une stratégie industrielle cohérente et d'une gouvernance irréprochable, des conditions qui s'inscrivent dans le débat plus large sur la place de l'Afrique dans la nouvelle géopolitique mondiale du gaz.