Fin août 2026, le phosphate ouest-africain est au cœur de multiples tensions : l'OCP enregistre un recul de son chiffre d'affaires, la Tunisie connaît une grève à Gafsa, et le Sénégal fait face à un conflit local à Agnam. Ces événements, bien que distincts, révèlent les pressions croissantes sur une filière stratégique pour la région.
Tensions sociales & souveraineté : le phosphate ouest-africain sous pression
Recul de l'OCP, grève à Gafsa, conflit à Agnam : trois signaux d'une filière stratégique fragilisée.
Un marché sous tension
Le groupe OCP, acteur dominant du phosphate en Afrique, a annoncé le 31 août un chiffre d'affaires de 48,37 milliards de dirhams au premier semestre 2026, en baisse de 7 % par rapport à l'année précédente. La direction évoque un marché « particulièrement tendu », une formule qui résume la conjonction de facteurs défavorables : restrictions chinoises à l'exportation prolongées jusqu'en août, renchérissement des intrants dû à la crise du détroit d'Ormuz, et un dollar déprécié qui pénalise la conversion des recettes. Si les prix du diammonium phosphate (DAP) sont attendus en hausse de 6 % par la Banque mondiale, la contraction des volumes expédiés et l'avancement de travaux de maintenance ont pesé sur les résultats. La publication, qui ne détaille ni marge brute ni résultat net, laisse planer des interrogations sur la rentabilité réelle de l'entreprise, alors que les comptes semestriels sont attendus en septembre.
Tensions sociales à Gafsa
À l'autre extrémité du Maghreb, la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) fait face à une grève de trois jours entamée mardi, à l'appel de l'UGTT, avec une participation estimée à 95 % par le syndicat. Les revendications portent sur l'application d'accords salariaux datant de 2015 à 2017, l'intégration de ces augmentations au salaire de base, et une représentation au conseil d'administration. Ce mouvement social intervient dans un contexte de fragilité financière de l'entreprise, qui peine à moderniser ses installations et à assurer des conditions de travail décentes.
Conflit local au Sénégal
Au Sénégal, le conflit qui oppose les populations d'Agnam à la société Ama Afrique autour de l'exploitation du phosphate n'est pas un simple différend local. Il s'inscrit dans un contexte régional où la ressource minérale devient un levier de puissance. Les communautés locales réclament une meilleure redistribution des revenus et des garanties environnementales, tandis que l'entreprise met en avant sa contribution à l'économie nationale. Ce bras de fer illustre les difficultés des États à concilier attractivité des investissements et acceptabilité sociale.
Le Maroc, pivot géopolitique
Au même moment, le Maroc, via l'OCP, consolide sa position de leader mondial, comme en témoigne la suspension temporaire des droits de douane américains sur ses engrais phosphatés, décision qui a des répercussions jusqu'en Espagne. L'OCP ne se contente plus d'exporter des engrais ; il déploie une diplomatie du phosphate. En finançant des projets structurants, y compris dans le sport, le géant marocain tisse des liens qui dépassent le cadre commercial. Cette stratégie conforte le Royaume dans son rôle de fournisseur incontournable, mais pose question pour les pays ouest-africains : comment exister face à un acteur qui contrôle les prix et les chaînes d'approvisionnement ?
Sénégal : entre phosphate et hydrocarbures
Le Sénégal, lui, joue double jeu. D'un côté, il tente de résoudre les tensions sociales autour du phosphate, comme à Agnam, où la contestation s'organise. De l'autre, il mise sur l'essor de ses hydrocarbures pour diversifier son économie et renforcer sa souveraineté énergétique. Cette double stratégie reflète une volonté de ne pas dépendre d'une seule ressource, mais elle expose aussi le pays à des arbitrages complexes entre intérêts économiques et pressions sociales.
Alors que le phosphate demeure un pilier économique pour plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, les récents événements soulignent la fragilité des équilibres. Entre exigences sociales, contraintes du marché mondial et rivalités géopolitiques, la filière devra trouver de nouveaux modèles pour conjuguer performance et durabilité. La question de la souveraineté régionale sur cette ressource stratégique reste plus que jamais ouverte.
Vérification : La date est invraisemblable (2026) et le chiffre d'affaires réel pour le premier semestre 2024 était de 48,37 milliards de dirhams, annoncé le 31 août 2024.