TotalEnergies a doublé son bénéfice net au deuxième trimestre 2026, à 5,4 milliards de dollars, porté par la flambée des prix du pétrole et du gaz liée aux tensions au Moyen-Orient. Pour le Sénégal, qui a mis en production son gisement Sangomar en 2024, ces superprofits interrogent les termes des contrats pétroliers et la capacité du pays à tirer profit de ses ressources tout en maîtrisant le coût des carburants importés. Le contexte de prix élevés exacerbe les vulnérabilités structurelles des économies ouest-africaines, prises entre rente extractive et dépendance aux marchés mondiaux.
TotalEnergies au Sénégal : superprofits et souveraineté énergétique
La flambée des prix du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient fait exploser les comptes des majors. Au Sénégal, l’entrée en production de Sangomar en 2024 relance le débat sur le partage de la rente et la dépendance aux importations.
Chronologie
⚖️ Le paradoxe sénégalais
Les exportations de Sangomar (2024) bénéficient des cours élevés. TotalEnergies double ses profits.
Le Sénégal importe toujours ses carburants raffinés. La facture énergétique augmente avec les prix mondiaux.
Les termes des contrats pétroliers sont remis en question. Le pays cherche à capter davantage de valeur.
📊 Contexte macro-économique Sénégal
Inflation : 1,5 % (Banque mondiale) · IDE : 6,3 % du PIB (Banque mondiale)
Des profits records au plus fort des tensions mondiales
TotalEnergies a annoncé le 23 juillet 2026 un bénéfice net de 5,4 milliards de dollars au deuxième trimestre, soit le double de l'année précédente, et 11,2 milliards sur le premier semestre – un niveau inédit depuis la guerre en Ukraine. Le groupe attribue cette performance à l'augmentation des prix du brut et du gaz provoquée par les affrontements au Moyen-Orient, ainsi qu'à la montée en puissance de ses projets au Brésil, aux États-Unis et en Libye. Cette annonce relance le débat sur les « superprofits » des majors, vivement critiquées par les ONG pour leur contribution au réchauffement climatique.
Quels bénéfices pour le Sénégal ?
Au Sénégal, l'exploitation du champ pétrolier de Sangomar par Woodside Energy et le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) avec BP et Kosmos Energy bénéficient directement de ces cours élevés. Les premières exportations de pétrole, entamées en 2024, offrent au pays une manne inespérée alors que ses finances publiques étaient déjà fragilisées par une dette héritée de l'ancien gouvernement. Pourtant, le régime fiscal et contractuel – souvent critiqué pour sa faible progressivité – limite la part captée par l'État. En mai 2026, le gouvernement avait engagé des renégociations pour améliorer les termes, mais les majors résistent.
Des superprofits qui attisent les tensions
Les chiffres de TotalEnergies, bien que légèrement inférieurs aux anticipations des analystes, remettent sous les projecteurs la question du partage de la rente. Au Sénégal, des voix s'élèvent pour demander une révision des codes pétroliers et miniers, afin que l'État perçoive une part plus substantielle des bénéfices. La ministre sénégalaise de l'Énergie a toutefois rappelé que les contrats en cours sont stables et que toute modification risquerait de décourager les investissements étrangers.
Souveraineté énergétique et dépendance aux importations
Paradoxalement, le Sénégal reste vulnérable à la volatilité des prix internationaux des carburants raffinés. Bien qu'exportateur de brut, le pays ne dispose pas de raffinerie opérationnelle et importe la quasi-totalité de ses produits pétroliers. La hausse du kérosène a déjà conduit Royal Air Maroc à suspendre douze lignes en mai, tandis que le coût du transport et de l'énergie grève le pouvoir d'achat des ménages. Ce décalage entre production et raffinage illustre le défi de la souveraineté énergétique pour les États ouest-africains.
Une aubaine géopolitique aux effets contrastés
Les tensions au Moyen-Orient, en perturbant les routes maritimes (près de 20 % du pétrole mondial transitent par le détroit d'Ormuz), ont mécaniquement augmenté la valeur des hydrocarbures africains. Mais cette manne est à double tranchant : elle accroît les recettes des États producteurs tout en renchérissant les factures d'importation des voisins non producteurs. Dans l'ensemble de la CEDEAO, la dépendance aux importations de pétrole raffiné aggrave les déséquilibres commerciaux.
Les superprofits de TotalEnergies mettent en lumière les asymétries du système extractif ouest-africain : les majors captent une part majoritaire des bénéfices tandis que les États peinent à transformer leur ressources en développement durable. La question n'est pas seulement celle du partage de la rente, mais aussi de la capacité des pays comme le Sénégal à bâtir une industrie locale de raffinage et à diversifier leur économie pour réduire leur vulnérabilité aux chocs extérieurs. Alors que le conflit au Moyen-Orient semble s'installer dans la durée, la région est confrontée à une opportunité historique – mais aussi à des choix structurants pour son avenir énergétique.