Le nouveau ministre de l'Énergie et du Pétrole, Abdourahmane Diouf, nommé le 1er juin 2026, a annoncé le renforcement du rôle stratégique du Comité d'orientation stratégique pétrole-gaz (COS-PETROGAZ). Cette décision intervient alors que le Sénégal entre dans une phase cruciale de sa production d'hydrocarbures, avec le démarrage du champ Sangomar et les perspectives du GNL. Elle traduit une volonté de coordination renforcée entre les acteurs publics et privés pour maximiser les retombées économiques.
Depuis sa nomination à la tête du ministère de l'Énergie et du Pétrole, Abdourahmane Diouf multiplie les signaux d'une réorientation de la gouvernance pétrolière. La décision de donner au COS-PETROGAZ un rôle stratégique élargi, incluant désormais l'hydrogène vert, s'inscrit dans une logique de planification intégrée. Créé en 2019, ce comité était jusqu'ici un organe consultatif chargé de superviser les contrats pétroliers. En le renforçant, Diouf cherche à créer une instance capable de définir les grandes orientations du secteur, de l'amont à l'aval, et d'assurer une cohérence entre les différentes filières (pétrole brut, gaz naturel, GNL, hydrogène).
Cette décision intervient dans un contexte où le Sénégal accuse un retard notable dans la mise en production de ses ressources. Le champ Sangomar, opéré par Woodside, a démarré sa production en juin 2024, mais les volumes restent en deçà des projections initiales. Selon les données de la Banque africaine de développement (BAD) de mai 2026, la croissance sénégalaise est attendue à 6,7 % pour 2026, portée notamment par les hydrocarbures. Pourtant, des retards dans les investissements et des incertitudes réglementaires ont freiné l'essor attendu. Le renforcement du COS-PETROGAZ vise à corriger ces lenteurs en centralisant la prise de décision.
Le ministre a également lié cette réorganisation à la stratégie nationale de l'hydrogène vert, un secteur où le Sénégal ambitionne de devenir un acteur majeur. En intégrant l'hydrogène dès le départ dans le périmètre du comité, il cherche à éviter les erreurs du passé où le gaz et le pétrole étaient traités séparément. Cette approche holistique pourrait attirer des investisseurs internationaux soucieux de cohérence, mais elle pose aussi la question de la capacité administrative du COS-PETROGAZ à gérer des dossiers aussi variés.
Le renforcement du COS-PETROGAZ intervient également à un moment clé des relations entre le Sénégal et les majors pétrolières. TotalEnergies, présente au Sénégal via le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) avec BP et Kosmos, a récemment réaffirmé son engagement dans le GNL, mais les retards persistent. La nouvelle gouvernance pourrait faciliter les arbitrages sur les conditions de partage de la production. Du côté de Woodside, des discussions sont en cours pour étendre Sangomar. Un comité plus fort pourrait accélérer les autorisations.
Cependant, la décision soulève des interrogations sur la place du Parlement et de la société civile dans le contrôle de la rente pétrolière. En concentrant les orientations stratégiques au sein d'un comité interministériel, le gouvernement risque de réduire la transparence du processus. Les oppositions et des organisations de la société civile ont déjà dénoncé une « opacité » dans la gestion des fonds pétroliers, bien que le ministre assure vouloir renforcer la redevabilité.
L'annonce de Diouf doit être lue comme une réponse aux critiques formulées par la Cour des comptes en 2025 sur la gouvernance du secteur. Elle s'inscrit aussi dans la dynamique plus large de l'Afrique de l'Ouest, où plusieurs pays producteurs (Nigeria, Ghana, Côte d'Ivoire) réforment leurs cadres institutionnels pour maximiser les retombées tout en attirant les investissements. Le Sénégal, petit producteur mais grand espoir gazier, joue sa crédibilité sur cette réorganisation.
En recentrant la gouvernance pétrolière sur le COS-PETROGAZ, le Sénégal teste un modèle de pilotage stratégique qui pourrait inspirer d'autres pays de la région, confrontés aux mêmes défis de coordination entre ressources fossiles et transition énergétique. Reste à voir si cette réforme administrative suffira à transformer les promesses d'exportations en développement tangible.