Le 1er juillet 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a remplacé les directeurs généraux de Petrosen Holding et de la Société des Mines du Sénégal (Somisen), deux figures proches de l'ex-Premier ministre Ousmane Sonko. Ce limogeage intervient dans un contexte de rupture politique et de renégociation des contrats extractifs, posant la question du contrôle des ressources stratégiques. Il marque une étape supplémentaire dans la recomposition des centres de décision autour du pétrole et du gaz sénégalais.

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Le limogeage des proches de Sonko

Selon des sources concordantes, Alioune Gueye et Ngagne Demba Touré, respectivement DG de Petrosen et de Somisen, ont appris leur éviction par voie de presse, sans information préalable. Le premier, ingénieur pétrolier passé par TotalEnergies, cède sa place à Thierno Seydou Ly ; le second, dirigeant de la Somisen, est remplacé par Mamady Touré, ancien patron du cabinet Geomin. Ces deux entrants affichent des profils techniques – ce qui tranche avec le positionnement politique de leurs prédécesseurs, membres influents du parti Pastef aux États-Unis et coordinateurs de la jeunesse du parti.

Ce changement intervient moins d’un mois après la formation du gouvernement dirigé par le technocrate Ahmadou Alamine Mohamed Lo, le 1er juin. Il officialise la distanciation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, dont le départ de la Primature le 22 mai a ouvert une nouvelle phase dans la gestion des sociétés nationales. Les nominations de 2024, qui avaient consacré l’emprise de Sonko sur les entreprises stratégiques, sont désormais remises en cause.

Des enjeux qui dépassent la simple rotation des cadres

Ces limogeages coïncident avec des dossiers majeurs pour l’avenir du secteur extractif sénégalais. Le gouvernement est engagé dans une vaste renégociation des contrats miniers et pétroliers hérités du précédent régime. En mars 2026, alors qu’il était encore Premier ministre, Ousmane Sonko avait annoncé la reprise du bloc gazier Yakaar-Teranga sans compensation financière et la résiliation de plusieurs concessions offshore. Cette volonté de souveraineté énergétique se heurte à la réalité des partenariats avec des majors comme Woodside et Kosmos Energy.

Petrosen joue un rôle clé dans la relance de l’exploration terrestre et la mise en œuvre du nouveau modèle de financement endogène. En mai 2026, des pistes de mobilisation de l’épargne locale étaient évoquées pour financer le développement de Yakaar-Teranga, l’un des plus grands gisements gaziers d’Afrique de l’Ouest. Ce changement à la tête de la société nationale pourrait modifier la trajectoire de ces négociations, désormais pilotées par une équipe plus proche du président que de l’ancien Premier ministre.

Une recomposition qui s’inscrit dans une tendance régionale

Le Sénégal n’est pas le seul pays d’Afrique de l’Ouest à connaître des remous dans la gouvernance des ressources extractives. Au Niger, au Ghana ou en Côte d’Ivoire, les nouveaux dirigeants cherchent à renégocier les termes des contrats pétroliers et miniers, dans un contexte de fin de cycle des régimes précédents. La question de la souveraineté énergétique est devenue un marqueur politique fort, mais elle implique de concilier volontarisme étatique et attractivité pour les investisseurs internationaux.

L’arrivée de profils techniques à Petrosen et Somisen suggère une volonté de professionnalisation, mais elle intervient dans un climat de fortes tensions politiques. Les deux directeurs limogés étaient considérés comme des piliers du dispositif Sonko ; leur départ affaiblit l’ancien Premier ministre et renforce la mainmise de Diomaye Faye sur les leviers économiques. La rupture entre les deux hommes est désormais consommée, et les entreprises publiques en sont le premier théâtre.

Au-delà du simple changement de personnel, ce limogeage illustre les difficultés à concilier ambition souverainiste et stabilité politique dans un secteur où les intérêts sont aussi nationaux qu’internationaux. Le Sénégal s’engage dans une recomposition profonde de sa gouvernance extractive, où la frontière entre rationalité technique et lutte pour le pouvoir s’amincit. La question centrale reste de savoir si ces ajustements permettront réellement d’accroître les retombées pour l’État et les populations, ou s’ils reflètent avant tout la bataille des clans au sommet de l’État.