Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a limogé son Premier ministre Ousmane Sonko le 22 mai 2026, mettant fin à une cohabitation devenue conflictuelle. Cette rupture, attendue depuis plusieurs mois, intervient sur fond de désaccords profonds autour de la gestion des contrats pétroliers et gaziers. L'éviction de Sonko, figure populiste et souverainiste, ouvre une nouvelle ère économique marquée par un pragmatisme assumé.

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Le 22 mai 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a limogé son Premier ministre Ousmane Sonko et dissous le gouvernement. Cette décision, bien que brutale, était l'aboutissement prévisible d'une crise latente qui couvait depuis plusieurs mois. Les deux hommes, unis dans l'opposition à l'ancien président Macky Sall, avaient pourtant incarné une alternance prometteuse en 2024. Mais la réalité du pouvoir a rapidement fissuré cette alliance.

Dès leur entrée en fonction, le « pouvoir bicéphale » s'est heurté à la complexité des dossiers économiques. Sonko, fort de sa popularité au sein de Pastef, a adopté un discours révolutionnaire et souverainiste, notamment à l'égard de l'influence française et des multinationales. Il prônait une renégociation musclée des contrats pétroliers et gaziers, en particulier ceux liés au gisement de Sangomar et aux projets de gaz naturel liquéfié. Faye, de son côté, cherchait à rassurer les investisseurs étrangers et les partenaires internationaux, comme le FMI, en affichant un profil plus pragmatique.

Ces divergences se sont cristallisées autour de la gestion des ressources naturelles. Alors que le Sénégal entrait dans une phase cruciale d'exploitation pétrolière et gazière, les deux têtes de l'exécutif ne parvenaient pas à s'accorder sur le degré de révision des accords signés sous l'ère Sall. Sonko, poussé par une base militante, réclamait des mesures radicales, tandis que Faye privilégiait une approche progressive pour ne pas compromettre les flux de revenus attendus. La tension est montée d'un cran lorsque Sonko a commencé, en avril 2026, à critiquer ouvertement certaines nominations aux postes clés de l'administration fiscale et des douanes.

Ce limogeage révèle également une lutte d'influence entre les ailes radicale et modérée du nouveau pouvoir. En nommant l'économiste Ahmad Aminou Lo à la tête du nouvel exécutif, Faye choisit un technocrate réputé pour sa connaissance des institutions financières internationales et son réseau dans les cercles d'affaires ouest-africains. Cette nomination est un signal fort envoyé aux marchés : le Sénégal entend donner la priorité à la stabilité macroéconomique et à l'orthodoxie budgétaire, quitte à sacrifier la popularité revendicative.

Dans le contexte régional de la CEDEAO et de l'UEMOA, ce remaniement intervient alors que plusieurs pays de la zone connaissent des tensions entre chefs d'État et Premiers ministres, mais rares sont ceux qui aboutissent à une rupture aussi nette. Le Sénégal, souvent perçu comme un îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest, cherche à préserver cette image auprès des investisseurs. Les entreprises étrangères, notamment dans le secteur pétrolier, observent avec attention la tournure des événements. La promesse initiale de renégociation des contrats semble désormais moins agressive, ce qui pourrait rassurer des opérateurs comme Woodside Energy, partenaire majeur du projet Sangomar.

L'évolution temporelle est éclairante : depuis l'élection de 2024, le tandem Faye-Sonko a traversé plusieurs phases. D'abord une lune de miel, puis des divergences croissantes sur le rythme des réformes, et enfin une compétition ouverte pour le leadership effectif. Les sources de mai 2026 évoquaient déjà un projet de loi sur le financement du gaz via l'épargne locale, ainsi que le développement du spatial, mais ces initiatives semblent aujourd'hui reléguées au second plan face à la crise politique. La priorité donnée à la clarification des rôles pourrait toutefois accélérer les décisions économiques.

Le nouveau Premier ministre Ahmad Aminou Lo hérite d'une situation complexe. Il devra concilier les attentes d'une population qui espérait des ruptures radicales avec les exigences de crédibilité nécessaires à l'attraction des capitaux. Les premiers signaux seront scrutés : maintien ou non de la renégociation des accords pétroliers, attitude vis-à-vis du FMI (programme en cours), et gestion des finances publiques. La dévaluation du franc CFA, un tabou dans la zone, n'est pas à l'ordre du jour, mais la question de la souveraineté monétaire reste en arrière-plan.

Le limogeage d'Ousmane Sonko marque la fin d'une expérience de pouvoir bicéphale qui a révélé les contradictions internes du nouveau régime sénégalais. Au-delà du simple remaniement, c'est une redéfinition des priorités économiques et politiques qui s'engage. Alors que le Sénégal doit répondre aux défis de l'exploitation de ses ressources naturelles et de la consolidation de sa croissance, la question reste posée : le pragmatisme retrouvé suffira-t-il à maintenir la cohésion sociale et l'élan populaire qui ont porté Faye au pouvoir ?