Deux ans après le premier baril de Sangomar, le Sénégal s’affirme comme le nouvel horizon pétrolier ouest-africain. Pendant ce temps, la production camerounaise continue de décliner, illustrant un basculement régional. L’enjeu pour Dakar : transformer sa manne en levier de souveraineté sans tomber dans les écueils historiques de la malédiction des ressources.
Sangomar : le basculement pétrolier ouest-africain
Le Sénégal monte en puissance pendant que le Cameroun décline. Deux trajectoires opposées qui redessinent la carte pétrolière régionale.
Production du gisement Sangomar opéré par Woodside Energy. Le Sénégal entre dans le cercle des producteurs ouest-africains.
Production attribuable à Glencore en baisse de 14% sur un an au T1 2026. Déclin naturel des champs matures.
Chronologie du basculement
Début de la production du gisement opéré par Woodside Energy
Le Sénégal s'affirme comme nouvel horizon pétrolier régional
Production Glencore à 36 000 barils/trimestre, baisse des recettes fiscales
L'enjeu pour Dakar
Transformer la manne pétrolière en levier de développement
Éviter les écueils historiques des pays producteurs
En bref
100 000 à 125 000 barils/jour — le pays devient un acteur pétrolier régional majeur
-14% sur un an pour Glencore, chute des recettes fiscales (18,5 milliards FCFA sur 2 ans)
La carte pétrolière ouest-africaine se redessine au profit du Sénégal
L’entrée en production du gisement Sangomar, opéré par Woodside Energy à une centaine de kilomètres de Dakar, a propulsé le Sénégal dans le cercle des producteurs ouest-africains. Avec une production quotidienne oscillant entre 100 000 et 125 000 barils, le pays dispose désormais d’une rente pétrolière qui pourrait remodeler son économie. Mais cette manne intervient dans un contexte régional marqué par des dynamiques contrastées : pendant que le Sénégal monte en puissance, des producteurs historiques comme le Cameroun voient leurs ressources s’épuiser.
Au Cameroun, la production attribuable à Glencore a reculé de 14% sur un an au premier trimestre 2026, à 36 000 barils par trimestre. Le groupe suisse attribue cette baisse au déclin naturel des champs matures, un phénomène qui pèse sur les finances publiques : en deux ans, Glencore a versé 18,5 milliards de FCFA d’impôts et taxes, dont moins de 5 milliards au titre de l’impôt sur les sociétés. Ce déclin structurel contraste avec les espoirs placés dans Sangomar, dont les réserves estimées à 630 millions de barils en font un mégagisement.
Le Sénégal a préparé son arrivée dans le club pétrolier par une révision de son code pétrolier en 2019, portant la redevance à 12,5% et la part de production de l’État à 19%. La création d’un fonds souverain vise à épargner une partie des recettes pour les générations futures. Cependant, les récentes négociations autour du développement du champ voisin de Yakaar-Teranga mettent en lumière les tensions entre Dakar et les majors. Le gouvernement pousse pour une participation accrue de Petrosen, la société nationale des pétroles, tandis que les opérateurs insistent sur la rentabilité des investissements.
Ce rapport de force s’inscrit dans une recomposition plus large de la carte pétrolière ouest-africaine. Le Ghana voit ses champs Jubilee et TEN décliner naturellement. La Côte d’Ivoire accélère ses forages en eaux profondes pour compenser. Le Nigeria, poids lourd historiquement, plafonne sous l’effet des vols et du sous-investissement. Dans ce paysage, le Sénégal dispose d’une fenêtre de tir pour négocier des conditions plus avantageuses, d’autant que la demande énergétique régionale reste forte.
La souveraineté énergétique ne se limite pas à l’extraction. Le Sénégal ambitionne de transformer localement une partie de sa production, notamment via un projet de raffinerie à Dakar. Mais la viabilité économique de ces infrastructures dépend de l’évolution des marchés mondiaux et de la capacité de l’État à attirer les investissements nécessaires. La question de la redistribution des revenus pétroliers, dans un pays où les inégalités restent marquées, demeure centrale.
Alors que le Sénégal engrange ses premiers revenus pétroliers, la région ouest-africaine tout entière est en pleine mutation. Le déclin des bassins matures et l’émergence de nouveaux producteurs redessinent les équilibres énergétiques et les rapports de force entre États et compagnies. Le pari sénégalais, à la croisée de la souveraineté et de la dépendance aux marchés, servira de test pour toute une région en quête de modèles de développement.