Malgré une production de pétrole brut et de condensats à son plus haut niveau en douze mois, la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) a enregistré en mai 2026 une chute de près de 13% de ses revenus, à 4 335 milliards de nairas. Le bénéfice net a suivi la même tendance, passant de 481 à 462 milliards de nairas. Cette divergence entre volume et valeur, couplée aux retards du projet uranifère de Dasa au Niger et aux tensions sociales dans la zone de Tillabéri, met en lumière la vulnérabilité des États ouest-africains face aux aléas des marchés extractifs et aux contraintes opérationnelles.
Plus de barils, moins de revenus
La production nigériane atteint un record sur 12 mois, mais le chiffre d’affaires chute. Un paradoxe qui fragilise la souveraineté énergétique régionale.
Sécurité améliorée sur les pipelines, vol de brut en baisse
Baisse de pression, maintenance, contraintes d’enlèvement
- • Baisse de pression dans les réservoirs
- • Contraintes d’enlèvement (terminal de Nembe)
- • Arrêts pour maintenance & fiabilité
- • Bassin mature du delta du Niger
- • Retards du projet uranifère de Dasa (Niger)
- • Tensions sociales dans la zone de Tillabéri
- • Dépendance aux marchés extractifs
Un paradoxe nigérian
Les chiffres publiés par la NNPC pour mai 2026 dessinent un paradoxe. D’un côté, la production cumulée de brut et de condensats a grimpé à 1,73 million de barils par jour, un record sur les douze derniers mois, portée par une amélioration de la sécurité sur les pipelines et une moindre ampleur du vol de brut. De l’autre, le chiffre d’affaires a reculé de 12,8 %, passant de 4,97 trillions à 4,335 trillions de nairas. Le bénéfice net a reculé de 3,95 % pour s’établir à 462 milliards de nairas.
Des causes opérationnelles multiples
Cette divergence entre volume et valeur renvoie à plusieurs causes identifiées dans le rapport mensuel de la compagnie. La NNPC évoque notamment une baisse de pression dans les réservoirs, des contraintes d’enlèvement – notamment sur le terminal de Nembe – des arrêts pour maintenance et des problèmes de fiabilité des installations. Autant de facteurs classiques pour un bassin mature comme le delta du Niger, qui réduisent la capacité à monétiser la production. Par ailleurs, le taux de disponibilité des stations-service de la NNPC n’était que de 57 %, un indicateur qui suggère des difficultés logistiques dans la distribution.
Des fragilités structurelles persistantes
Au-delà des explications techniques, cette situation révèle une fragilité plus profonde du modèle extractif nigérian. Malgré des investissements dans la modernisation des infrastructures et la lutte contre le vol de brut, le taux de déplétion des champs matures continue de peser. Les coûts de pompage et de traitement augmentent, tandis que les prix du baril, bien que toujours élevés, n’ont pas connu d’emballement supplémentaire depuis le début de l’année. La marge bénéficiaire s’en trouve compressée, alors même que l’État, via la NNPC, capte une part importante de la rente pour financer le budget fédéral.
Un enjeu régional
Cette contre-performance au Nigeria intervient dans un contexte régional tendu. Au Niger voisin, le projet uranifère de Dasa accuse des retards, et les tensions sociales dans la zone de Tillabéri s’accumulent. Ces deux phénomènes – baisse des revenus pétroliers au Nigeria et blocages miniers au Niger – fragilisent la perspective d’une souveraineté énergétique ouest-africaine. La région, qui dépend fortement des exportations de matières premières, se trouve exposée à la fois aux aléas des marchés mondiaux et aux contraintes opérationnelles locales.
La NNPC assure intensifier ses efforts pour remédier aux goulots d’étranglement, mais les résultats restent à venir. Dans le même temps, la pression fiscale sur l’entreprise nationale ne faiblit pas : malgré la baisse des revenus, les transferts au budget de l’État se maintiennent, limitant la marge de manœuvre pour de nouveaux investissements.
Ainsi, le paradoxe nigérian – produire plus pour gagner moins – interroge la capacité de la région à transformer ses richesses souterraines en développement durable. Entre vieillissement des infrastructures, pressions fiscales et instabilité régionale, le chemin vers une souveraineté énergétique ouest-africaine semble encore semé d’embûches.