Alors que le Nigeria cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures, le secteur minier apparaît comme un axe stratégique. La récente visite du dirigeant de GreenMet, une entreprise américaine spécialisée dans les métaux critiques, et le lancement d’un audit approfondi des licences minières par la société publique NSMC marquent un tournant. Ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique régionale où États et investisseurs redéfinissent les règles du jeu extractif.

Infographie — Or · Production

La visite au Nigeria du fondateur de GreenMet, ancien conseiller de la Maison-Blanche, n’est pas anodine. Elle intervient alors que le pays engage une réforme en profondeur de son secteur minier, longtemps marginalisé au profit du pétrole. Le projet extractif et industriel annoncé par l’entreprise américaine porte sur les métaux critiques, une catégorie qui inclut aussi l’or, dont le Nigeria recèle des réserves encore largement inexploitées. Cette arrivée illustre l’intérêt croissant des acteurs internationaux pour les ressources du sous-sol nigérian, dans un contexte de hausse des cours et de tensions géopolitiques sur les chaînes d’approvisionnement.

Une reprise en main par l’État

En parallèle, la Nigerian Solid Minerals Corporation (NSMC) a confié à KPMG une étude exhaustive de son portefeuille de licences minières. L’objectif : identifier les titres sous-exploités, renégocier les conditions et maximiser les retombées fiscales. Cette démarche s’inscrit dans une tendance régionale de réaffirmation de la souveraineté sur les ressources. Au Mali, au Burkina Faso ou au Ghana, les gouvernements ont récemment revu leurs codes miniers pour accroître la part de l’État, exiger une transformation locale ou renforcer le contrôle des exportations. Le Nigeria, qui a longtemps négligé ce secteur, entend rattraper son retard en s’inspirant de ces modèles.

Enjeux financiers et énergétiques

Le développement minier pourrait avoir des répercussions directes sur la souveraineté énergétique régionale. D’une part, les revenus supplémentaires permettraient aux États de financer des projets d’infrastructure électrique, comme les barrages hydroélectriques ou les parcs solaires. D’autre part, l’exploitation minière elle-même est gourmande en énergie : sans électricité fiable et abordable, la transformation locale des minerais reste hypothéquée. Au Togo, par exemple, le recours aux centrales thermiques illustre le dilemme entre rentabilité immédiate et transition énergétique. La connexion entre mines et énergie devient donc un enjeu clé.

Une compétition géopolitique discrète

L’implication de GreenMet – dirigé par un ancien officier des forces spéciales ayant servi sous Donald Trump – ajoute une dimension géopolitique. Les États-Unis cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement en métaux critiques face à la domination chinoise. Le Nigeria, de son côté, ambitionne de jouer les équilibristes entre partenaires traditionnels (Occidentaux) et nouveaux entrants (Chine, Russie). La visite de la baronne Jennifer Chapman, qui doit rencontrer la cheffe de la diplomatie nigériane, confirme l’intérêt diplomatique britannique pour ce dossier. Ce jeu d’influences rappelle que le sous-sol africain reste un théâtre de rivalités stratégiques, où les pôles économiques émergents multiplient les canaux d’influence.

Une stratégie encore fragile

Malgré ces avancées, le chemin est semé d’obstacles. La gouvernance du secteur minier nigérian souffre d’un manque de transparence et d’une forte informalité. L’audit de la NSMC devra être suivi d’une mise en œuvre rigoureuse pour restaurer la confiance des investisseurs. Par ailleurs, les communautés locales, souvent exclues des retombées, pourraient freiner les projets si leurs revendications ne sont pas prises en compte. Enfin, la volatilité des cours des métaux et la concurrence entre États ouest-africains pour attirer les capitaux pourraient limiter la portée de ces initiatives.

Le Nigeria suit ainsi une tendance plus large sur le continent : celle d’une reprise en main des ressources extractives par les États, entre volonté de souveraineté et nécessité d’attirer des investissements étrangers. Reste à savoir si la transition d’une économie pétrolière à un modèle minier diversifié pourra s’opérer sans heurts, dans un environnement régional marqué par l’instabilité sécuritaire et les défis énergétiques.