En mars 2026, selon les données de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), les prix de l’or exporté par les pays de l’UEMOA ont bondi de 62,9%. Cette envolée, la plus forte enregistrée depuis plusieurs années, place l'institut d'émission face à un dilemme complexe : comment transformer cette manne exceptionnelle en levier de stabilité monétaire sans attiser les tensions inflationnistes ? Derrière ce chiffre, c’est toute la mécanique de la zone franc qui est questionnée, dans un contexte où plusieurs partenaires de la région, comme le Ghana, viennent de sortir de programmes du FMI.

Infographie — Or · Production

Une manne inattendue pour les trésoreries nationales

La hausse de 62,9% des prix de l’or en mars 2026, rapportée par la BCEAO, n’est pas un simple indicateur conjoncturel. Elle traduit une tension mondiale sur le métal jaune, nourrie par les incertitudes géopolitiques et la quête de valeurs refuges. Pour les pays producteurs de l’UEMOA – notamment le Burkina Faso, le Mali et la Côte d’Ivoire –, cette envolée se traduit par des recettes d’exportation accrues et, mécaniquement, par des entrées de devises dans les réserves communes.

Ces flux supplémentaires interviennent alors que la banque centrale doit gérer la parité fixe du franc CFA avec l’euro. Traditionnellement, tout afflux massif de devises tend à apprécier la monnaie locale, contrainte que la BCEAO neutralise par des opérations de stérilisation sur le marché monétaire. Mais dans un contexte de reprise économique fragile, la tentation de laisser filer une partie de cette manne pour soutenir la croissance est forte.

Le spectre de l’inflation importée

Le revers de la médaille est l’effet inflationniste potentiel. Une hausse des prix de l’or se répercute sur l’ensemble des chaînes de valeur extractives : coûts d’exploitation, salaires, services annexes. Les pays de l’UEMOA, déjà confrontés à une inflation modérée mais persistante (autour de 3 à 4% sur un an), pourraient voir la hausse des prix s’accélérer si la BCEAO n’intervient pas. La banque centrale dispose pour cela de ses instruments classiques – relèvement des réserves obligatoires, hausse des taux directeurs – mais ceux-ci risquent d’entraver le crédit au secteur privé.

Le précédent ghanéen et le rééquilibrage régional

Le timing de cette flambée coïncide avec la sortie officielle du Ghana de son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, annoncée le 15 mai 2026. Premier producteur d’or d’Afrique de l’Ouest, le Ghana voit sa monnaie, le cedi, flotter librement, tandis que ses voisins de l’UEMOA bénéficient d’une parité garantie. Ce contraste ravive le débat sur l’efficacité du franc CFA comme rempart contre les chocs externes : certes, la stabilité du change protège les économies, mais elle peut aussi déconnecter les prix intérieurs des réalités du marché mondial.

La BCEAO se trouve ainsi au cœur d’une équation à plusieurs inconnues. D’un côté, l’accumulation de réserves de change liée à l’or renforce sa capacité à défendre la parité ; de l’autre, elle doit arbitrer entre la transmission de la hausse des cours aux producteurs (via un prix local de l’or révisé) et la maîtrise de l’inflation. Les prochaines réunions du Comité de politique monétaire seront scrutées de près.

L’enjeu de la transparence des données

Un autre enseignement de cette publication est la volonté affichée par la BCEAO de renforcer la diffusion de statistiques économiques, comme en attestent les chiffres de mars 2026. Dans une zone où l’information financière est parfois parcellaire, cette transparence pourrait améliorer la crédibilité de la politique monétaire aux yeux des investisseurs internationaux. Mais elle expose aussi l’institution au regard critique, alors que les écarts de développement entre pays membres restent marqués.

Au-delà de la gestion conjoncturelle, cette hausse de l’or pose une question structurelle : celle de la transformation des richesses minières en développement durable. Les recettes exceptionnelles pourraient servir à constituer des fonds souverains ou à financer des infrastructures, mais leur allocation dépendra des choix budgétaires nationaux et des règles communautaires de répartition des réserves.

La flambée de 62,9% des prix de l’or en zone UEMOA n’est pas un événement isolé : elle s’inscrit dans une recomposition plus large des équilibres monétaires ouest-africains. Alors que le Ghana retrouve sa souveraineté monétaire et que les discussions sur un éventuel « pacte d’avenir » de la CEDEAO se poursuivent, la BCEAO devra démontrer que le franc CFA peut à la fois absorber des chocs positifs et servir de levier de convergence économique. Le prochain Comité de politique monétaire sera un test décisif.

Données de référence : Inflation : -0.5% (FMI) · Inflation : -0.5% (FMI)