Depuis 2008, les grandes banques centrales ont vu leur bilan exploser et leur influence s'étendre bien au-delà de la stabilité des prix. La BCEAO, garante du franc CFA, évolue dans un contexte différent mais subit des pressions similaires pour soutenir l'activité économique. Alors que la dette publique absorbe une part croissante des recettes dans l'UEMOA et que l'inclusion financière reste un défi, la politique monétaire de la Banque centrale ouest-africaine est confrontée à des arbitrages inédits.

Infographie — BCEAO

La crise financière de 2008 a marqué un tournant dans l'histoire des banques centrales. Aux États-Unis, le bilan de la Réserve fédérale est passé d'environ 900 milliards de dollars à plus de 8 000 milliards de dollars en 2022. Du côté de la Banque centrale européenne, les actifs ont dépassé 8 500 milliards d'euros. Ces chiffres illustrent une transformation profonde : les banques centrales ne se contentent plus de piloter les taux directeurs ; elles interviennent massivement sur les marchés, achètent des titres publics et privés, et deviennent des acteurs centraux du financement de l'économie.

L'expansion des bilans : un phénomène global Cette évolution n'a pas épargné la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Bien que ses interventions soient plus modestes en volume, elles ont suivi une trajectoire similaire. Les opérations de refinancement, les prêts aux banques et les achats de titres de dette publique se sont intensifiés, notamment après la pandémie de Covid-19. En 2020, la BCEAO a injecté des liquidités via son guichet de refinancement et a assoupli ses conditions pour soutenir le crédit. Mais cette politique a ses limites dans une union monétaire où le franc CFA est ancré à l'euro, contraignant la marge de manœuvre de l'institution.

La transmission de la politique monétaire au secteur réel reste imparfaite dans l'UEMOA. Les taux débiteurs demeurent élevés et le crédit au secteur privé progresse lentement, malgré des taux directeurs historiquement bas. Les banques commerciales préfèrent souvent investir dans les titres publics, plus rémunérateurs et moins risqués, ce qui freine le financement des PME et des ménages. La BCEAO doit donc composer avec un système bancaire qui ne répercute pas mécaniquement ses décisions.

Les particularités de la BCEAO dans l'UEMOA Un autre défi est la gestion de la dette publique. Selon des données récentes, le remboursement de la dette absorbe une part croissante des recettes budgétaires dans plusieurs pays de l'Union. Cette situation réduit l'espace fiscal pour les dépenses sociales et d'investissement. La BCEAO, en tant que prêteur en dernier ressort, se trouve face à des pressions pour monétiser la dette, ce qui entrerait en conflit avec son objectif de stabilité monétaire et le maintien de la parité avec l'euro.

Dans ce cadre, les initiatives d'inclusion financière gagnent en importance. Le Togo, par exemple, s'apprête à opérationnaliser son Observatoire de la Qualité des Services Financiers (OQSF-TG) et prépare sa Stratégie Nationale d'Inclusion Financière 2026-2030. Ces outils visent à transformer une inclusion quantitative en inclusion qualitative, mais leur succès dépendra de la capacité de la BCEAO à maintenir un environnement monétaire stable tout en facilitant l'accès au crédit.

La réflexion sur le rôle des banques centrales s'inscrit donc dans une dynamique plus large. La BCEAO participe régulièrement à des rencontres avec d'autres gouverneurs et experts pour échanger sur les défis de la stabilité monétaire et financière. L'évolution de sa doctrine, entre orthodoxie et pragmatisme, déterminera sa capacité à répondre aux besoins de financement des économies ouest-africaines sans compromettre la crédibilité du franc CFA.

Le pouvoir économique des banques centrales s'est considérablement accru depuis 2008, et la BCEAO n'échappe pas à cette tendance. Mais dans l'UEMOA, la marge de manœuvre est plus étroite en raison de l'ancrage monétaire et des fragilités structurelles. L'avenir de la politique monétaire régionale se jouera dans l'équilibre entre soutien à l'activité et maintien de la stabilité, un défi que les grandes banques centrales elles-mêmes peinent à relever.