Alors que le cours de l'or se maintient à des niveaux historiques, les producteurs d'Afrique de l'Ouest voient leurs marges se réduire sous l'effet d'une facture énergétique en forte hausse. Parallèlement, des projets d'infrastructures portuaires, hydroélectriques et de formation tentent de réduire la dépendance régionale aux importations et d'augmenter la valeur ajoutée locale. Cette double dynamique illustre les défis structurels d'une industrie minière en quête de souveraineté.

Infographie — Or · Production

Depuis le début de l'année 2026, le coût du gazole et de l'électricité a bondi de près de 18 % en zone UEMOA, sous l'effet conjugué de la dépréciation du franc CFA par rapport au dollar et de l'augmentation des prix internationaux du pétrole. Pour les mines d'or, souvent situées dans des zones reculées non raccordées au réseau électrique, cette hausse est particulièrement lourde : le poste énergie représente désormais jusqu'à 25 % des coûts opérationnels, contre 15 % il y a deux ans. Au Ghana, premier producteur d'or du continent, la compagnie nationale d'électricité a dû imposer des délestages en mai 2026, forçant certaines mines à recourir à des solutions de secours onéreuses. Au Burkina Faso, l'insécurité a perturbé les approvisionnements en carburant vers les sites miniers du nord, aggravant les coûts logistiques. Ce contexte rappelle le paradoxe congolais : le pays importe deux fois plus de carburants qu'auparavant, alors que sa raffinerie nationale tourne à plein régime, un décalage dû à des problèmes de distribution et de prix subventionnés.

Réponses infrastructurelles : port de Lomé et barrages hydroélectriques

Face à ces contraintes, plusieurs pays misent sur des infrastructures structurantes. Le port de Lomé, qui a traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, s'affirme comme un hub logistique incontournable pour l'exportation de l'or vers les raffineries européennes et moyen-orientales. Cependant, cette dépendance aux corridors étrangers souligne la nécessité de diversifier les débouchés et de développer la transformation locale. Parallèlement, des projets hydroélectriques régionaux, comme le barrage de Souapiti en Guinée, pourraient à terme améliorer l'approvisionnement énergétique des mines. Un programme de formation d'ingénieurs a été lancé au pied de ce barrage, traduisant une stratégie de montée en compétences locales, indispensable pour opérer des infrastructures de pointe.

Financement et souveraineté minière

Au-delà des aspects techniques, la finance régionale joue un rôle grandissant. Depuis sa création en 1973, une institution financière régionale a pour mission de promouvoir un développement minier durable et intégré. Elle accompagne les États dans la négociation des contrats et le financement de projets d'infrastructures, contribuant à renforcer la souveraineté sur les ressources extractives. Cette dynamique s'inscrit dans un contexte géopolitique où les pays de la CEDEAO cherchent à capter davantage de valeur ajoutée, en favorisant le raffinage local et la transformation de l'or sur place.

La conjonction de ces efforts pourrait, à terme, atténuer la vulnérabilité du secteur aux chocs extérieurs. Mais les résultats restent conditionnés à la stabilité sécuritaire et à l'efficacité des réformes structurelles.

L'industrie aurifère ouest-africaine se trouve à un carrefour : pour que les cours élevés de l'or se traduisent en bénéfices durables pour les économies locales, il faudra résoudre le paradoxe d'une région riche en ressources mais dépendante d'énergies importées et d'infrastructures extérieures. La question n'est plus seulement de produire plus, mais de produire mieux, avec des coûts maîtrisés et une valeur ajoutée locale accrue. Les prochains mois montreront si les investissements en cours suffiront à inverser la tendance.