Le 1er juillet 2026, Amiblu Maroc a inauguré une troisième ligne de production à Nouaceur, représentant un investissement de 160 millions de dirhams (MDH) et la création de plus de 300 emplois. Cette extension, saluée par le ministre de l'Industrie, Ryad Mezzour, vise à renforcer les capacités de production de canalisations en PRV pour les projets d'adduction d'eau, de dessalement et d'irrigation au Maroc et en Afrique. Mais au-delà de l'hydraulique, ces équipements sont aussi essentiels aux opérations minières, notamment dans les mines d'or ouest-africaines, où l'eau est un intrant critique. Ce projet illustre la montée en puissance du Maroc comme hub industriel régional, avec des implications directes sur la souveraineté des États miniers et l'intégration économique régionale.

Infographie — Or · Production

Une expansion industrielle au service des grands chantiers hydriques

L'inauguration de cette troisième ligne de production par Amiblu Maroc, filiale du groupe autrichien, marque une étape significative dans la stratégie industrielle du Royaume. Avec un investissement de 160 MDH, l'entreprise double presque sa capacité de production de tubes en polyester renforcé de fibres de verre (PRV), un matériau de plus en plus prisé pour sa durabilité et sa résistance à la corrosion. Le ministre Mezzour a souligné que ce projet s'inscrit dans la dynamique de transformation industrielle du Maroc, qui ambitionne de développer des filières à forte valeur ajoutée pour accompagner les grands chantiers nationaux, notamment dans le dessalement de l'eau de mer. Le Maroc, confronté à un stress hydrique croissant, a lancé plusieurs projets d'infrastructures hydrauliques, dont la construction de barrages et d'usines de dessalement, qui nécessitent des canalisations de haute qualité. La nouvelle ligne permettra de répondre à cette demande tout en consolidant le positionnement du Maroc en tant que plateforme régionale de production de solutions de transport d'eau destinées aux marchés africains. Cette ambition régionale est d'autant plus stratégique que la demande en eau en Afrique de l'Ouest est également en forte croissance, sous l'effet de l'urbanisation, de l'expansion agricole et du développement minier.

Des retombées pour le secteur minier ouest-africain

Si l'annonce d'Amiblu Maroc est principalement présentée sous l'angle hydrique, elle a des implications directes pour le secteur extractif ouest-africain, en particulier les mines d'or. L'exploitation minière, qu'elle soit artisanale ou industrielle, est gourmande en eau : pour le traitement du minerai, le contrôle des poussières ou l'approvisionnement des camps. Dans des pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Ghana ou la Côte d'Ivoire, où la production d'or est un pilier économique, l'accès à des infrastructures hydrauliques fiables est un défi majeur. Les canalisations produites par Amiblu Maroc peuvent être utilisées pour acheminer l'eau depuis des sources éloignées ou pour transporter les effluents miniers. En renforçant sa capacité de production, le Maroc se positionne comme un fournisseur clé pour ces projets, d'autant que le groupe Amiblu affiche une présence déjà établie en Afrique. Cette situation confère au Royaume un levier économique non négligeable, en lui permettant de capter une partie de la valeur ajoutée des chaînes d'approvisionnement minières régionales. Par ailleurs, l'investissement intervient dans un contexte où les cours de l'or restent élevés, stimulant l'exploration et l'extension de mines existantes, ce qui accroît les besoins en équipements.

Enjeux géopolitiques et de souveraineté

Au-delà des aspects techniques, le développement de cette capacité industrielle au Maroc pose la question de la souveraineté des États ouest-africains dans le secteur extractif. En effet, la dépendance aux fournisseurs étrangers pour des équipements stratégiques comme les canalisations peut fragiliser la maîtrise des chaînes d'approvisionnement, surtout en période de tensions géopolitiques ou de crises. Plusieurs pays de la région, à l'instar du Mali ou du Burkina Faso, ont récemment révisé leurs codes miniers pour accroître la part locale et renforcer le contrôle étatique, mais la capacité de production locale reste faible. Le Maroc, avec son tissu industriel en expansion, devient un intermédiaire incontournable, ce qui peut à la fois faciliter les projets et créer une nouvelle forme de dépendance. Parallèlement, cet investissement s'inscrit dans une logique d'intégration régionale promue par la CEDEAO, qui vise à créer un marché commun des biens et services. La présence d'Amiblu Maroc pourrait ainsi être vue comme un exemple de coopération Sud-Sud, où un pays nord-africain contribue au développement des infrastructures ouest-africaines. Toutefois, cette dynamique n'est pas sans susciter des interrogations sur l'équilibre des bénéfices : le Maroc capte une part de la valeur ajoutée, tandis que les pays miniers continuent d'exporter des matières premières peu transformées.

Un signal pour l'avenir de l'industrie régionale

L'inauguration de cette ligne de production par Amiblu Maroc n'est pas un événement isolé. Elle intervient dans un contexte où plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest cherchent à diversifier leurs économies et à réduire leur dépendance aux importations. La demande en infrastructures hydrauliques et minières est appelée à croître, portée par les investissements dans les barrages hydroélectriques (comme Souapiti en Guinée) et l'exploitation de nouvelles mines. La capacité d'Amiblu à répondre à cette demande avec des produits fabriqués localement au Maroc, plutôt que d'importer d'Europe ou d'Asie, pourrait inciter d'autres industriels à suivre cette voie. Cela renforce l'idée d'un pôle industriel émergent en Afrique du Nord, dont les retombées peuvent se diffuser vers le sud. Cependant, cette vision optimiste doit être nuancée par les défis logistiques, douaniers et réglementaires qui persistent au sein de la région. L'efficacité de ce modèle dépendra de la capacité des pays ouest-africains à faciliter les échanges et à créer un environnement favorable aux investissements.

L'investissement d'Amiblu Maroc illustre la manière dont l'industrialisation nord-africaine peut répondre aux besoins des secteurs extractifs ouest-africains, en particulier celui de l'or. Mais il soulève aussi des questions sur la répartition des bénéfices et la souveraineté des États miniers. Alors que la demande en eau et en infrastructures minières continue de croître, la région doit trouver un équilibre entre l'attraction d'investissements étrangers et le développement de ses propres capacités industrielles. L'avenir montrera si cette dynamique favorise une intégration régionale plus poussée ou si elle renforce des déséquilibres existants.