La mine de Séguéla, exploitée par le canadien Fortuna Mining, a livré 2,6 tonnes d’or au premier semestre 2026, soit 58 % de la production totale du groupe. Cette performance ancre la Côte d’Ivoire comme deuxième producteur d’or d’Afrique subsaharienne, derrière le Ghana, et relance les discussions sur la répartition de la rente minière entre État et investisseurs. Alors que le cours de l’or oscille autour de 2 400 dollars l’once, le modèle ivoirien de participation étatique à 10 % est questionné.

Infographie — Or · Production

L’annonce de Fortuna Mining, le 9 juillet 2026, confirme la montée en puissance du site de Séguéla. Avec 83 699 onces extraites en six mois, la mine dépasse les prévisions initiales et consolide sa place de pilier du portefeuille africain du groupe. Cette production est portée par une stabilisation de l’usine de traitement et les études d’extension du projet souterrain Sunbird, qui visent à porter la capacité annuelle au‑delà de 200 000 onces. Le recentrage de Fortuna sur l’Afrique de l’Ouest n’est pas isolé : plusieurs majors canadiennes et australiennes accroissent leur exposition à la région, attirées par la qualité des gisements et la stabilité relative des cadres législatifs.

La structure de propriété de Séguéla – 90 % pour Fortuna, 10 % pour l’État ivoirien – illustre le modèle classique des concessions en Afrique de l’Ouest. Cette participation publique, modeste comparée aux 20‑30 % exigés dans certains pays, est compensée par une fiscalité renforcée : le taux de redevance a été relevé à 6 % en 2024, et une taxe sur les superprofits a été instaurée en 2025. Ces mécanismes visent à capter une partie de la rente exceptionnelle générée par la flambée du cours de l’or, qui dépasse les 2 400 dollars l’once. Toutefois, la question de la souveraineté sur les ressources demeure centrale, d’autant que les recettes minières restent peu transformées localement.

Dans le contexte régional, la performance de Séguéla intervient alors que le Mali et le Burkina Faso, historiquement poids lourds de l’or ouest‑africain, traversent des turbulences sécuritaires et politiques. La Côte d’Ivoire capte ainsi une part croissante des investissements miniers étrangers, confortant son statut de destination privilégiée. Cette dynamique pose la question de la valorisation locale de la ressource : si l’or extrait peut alimenter des réserves de change ou des partenariats industriels, son exportation brute limite les retombées en amont. Le débat sur la transformation locale – raffinage, bijouterie – refait surface.

En parallèle, la fièvre de l’or soulève des enjeux énergétiques. L’exploitation minière à grande échelle est gourmande en électricité et en eau, deux ressources sous pression en Afrique de l’Ouest. Le projet d’extension de Séguéla nécessitera des investissements supplémentaires en infrastructures, tandis que la Côte d’Ivoire cherche à diversifier son mix énergétique. Ces contraintes pourraient, à terme, peser sur la compétitivité du site et renforcer les exigences de responsabilité environnementale.

Au‑delà de ses performances industrielles, Séguéla cristallise les tensions entre attractivité des investissements et souveraineté sur les ressources. Alors que la Côte d’Ivoire renforce son rôle de carrefour minier régional, la capacité à négocier des parts plus équitables et à développer des chaînes de valeur locales déterminera si l’or ivoirien profite durablement à son économie.