Alors que la Côte d’Ivoire consolide son rang de deuxième producteur d’or en Afrique de l’Ouest, l’opérateur canadien Fortuna Mining étudie un plan d’extension de 100 millions de dollars pour sa mine Séguéla. Ce projet, qui porterait la capacité de traitement à 2,3 millions de tonnes de minerai par an, intervient dans un contexte de hausse continue de la production et de renforcement des infrastructures régionales. Il illustre les dynamiques croisées entre investissements miniers, souveraineté énergétique et intégration économique ouest-africaine.
La mine Séguéla monte en puissance
Fortuna Mining investit 100 millions USD pour porter la capacité de traitement à 2,3 Mt/an. La Côte d’Ivoire conforte son rang ouest-africain.
Séguéla
+10%
(prév.)
100 M$
+ nouveau broyeur
prometteur
croissance 6,5 %
L’étude de faisabilité dévoilée le 9 juillet par Fortuna Mining prévoit un investissement d’environ 100 millions USD pour étendre la mine d’or Séguéla, entrée en production en 2023. L’objectif est de porter la capacité de traitement de l’usine de 1,75 million à 2,3 millions de tonnes de minerai par an, grâce à l’installation d’un nouveau broyeur et à des ajustements techniques visant à améliorer les taux de récupération. En 2025, Séguéla a produit 152 426 onces, soit une progression de 10 % sur un an, et la prévision pour 2026 atteint 170 000 onces. L’extension permettrait de soutenir cette montée en puissance, avec des réserves souterraines prometteuses autour du gisement Sunbird.
Une expansion programmée dans un contexte de croissance
Ce projet s’inscrit dans la dynamique de l’industrie aurifère ivoirienne, qui a vu sa production multipliée ces dernières années. La Côte d’Ivoire ambitionne de devenir le premier producteur d’or en Afrique de l’Ouest, dépassant le Ghana. L’extension de Séguéla, si elle se concrétise, renforcerait cette position. Cependant, plusieurs étapes restent à franchir, notamment le financement et la décision finale d’investissement. Le contexte de prix élevés de l’or, qui évolue autour de 2 400 dollars l’once, rend le projet économiquement viable, mais la volatilité des cours demeure un facteur de risque.
Extraction minière et dépendance énergétique : un lien stratégique
L’extension nécessite un renforcement de la capacité électrique de secours et des infrastructures associées. Ce point souligne un enjeu crucial pour le secteur extractif en Afrique de l’Ouest : la disponibilité fiable de l’électricité. Dans la région, plusieurs projets visent à sécuriser l’approvisionnement énergétique, à l’image du barrage hydroélectrique de Souapiti en Guinée, dont la mise en service s’accompagne de programmes de formation d’ingénieurs, ou encore des centrales thermiques au Togo. L’investissement de Fortuna Mining dans la capacité de secours reflète cette interdépendance entre l’industrie minière et le développement énergétique. La Côte d’Ivoire, qui exporte déjà de l’électricité vers ses voisins, pourrait tirer parti de cette synergie pour attirer davantage d’investissements.
Quels bénéfices pour la Côte d’Ivoire et la région ?
Au-delà de l’impact direct sur la production, l’extension de Séguéla pose la question de la répartition des bénéfices. Le code minier ivoirien, révisé en 2022, prévoit une participation accrue de l’État, avec une part de 10 % du capital des sociétés minières et des redevances pouvant atteindre 6 % des revenus. Pour la région, l’essor de l’or ivoirien s’appuie sur des infrastructures logistiques comme le port de Lomé et celui d’Abidjan, qui facilitent l’exportation. Par ailleurs, la montée en puissance de Séguéla pourrait renforcer le rôle de hub de la Côte d’Ivoire au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), attirant des investissements connexes dans les services et la sous-traitance.
Ce projet illustre également une tendance plus large : l’Afrique de l’Ouest attire des investissements étrangers dans le secteur minier, mais avec des exigences croissantes en matière de contenu local et de développement durable. La décision finale d’investissement, attendue dans les prochains mois, sera scrutée de près par les observateurs, car elle déterminera la capacité de la région à capitaliser sur ses ressources pour financer sa transformation structurelle.
L’extension de Séguéla s’inscrit dans une dynamique régionale où l’or devient un levier de développement, mais aussi un test de la capacité des États à négocier des partenariats équilibrés avec les multinationales. Alors que la demande mondiale d’or reste soutenue, l’Afrique de l’Ouest doit arbitrer entre attractivité des investissements et souveraineté économique. La réponse viendra aussi de la manière dont les infrastructures énergétiques et logistiques suivront le rythme de l’exploitation minière.