Le 30 juin 2026, le Parlement burkinabè a adopté à l'unanimité la ratification d’un prêt de 33,21 milliards FCFA accordé par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) pour moderniser les mines d’or de Boungou et de Wahgnion. Cette décision intervient un an après la nationalisation de ces actifs, en juillet 2025, et s’inscrit dans un programme de plus de 100 milliards FCFA visant à réduire la dépendance à la sous-traitance et à améliorer la rentabilité. L’opération révèle une nouvelle dynamique : le recours à un financement régional pour consolider la souveraineté minière et énergétique du Burkina Faso.

Infographie — Or · Burkina Faso

L'annonce du prêt de la BOAD au Burkina Faso marque un tournant dans la stratégie minière du pays. Après la nationalisation des mines de Boungou et de Wahgnion en juillet 2025, l'État, via la Société de participation minière du Burkina Faso (SOPAMIB), cherche désormais à en accroître la productivité et à en réduire les coûts. Le ministre de l'Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba, a présenté ce financement comme un levier essentiel pour renforcer les capacités opérationnelles des deux sites, qui produisent actuellement plus de 7 tonnes d'or par an.

Un programme d'investissement structurant

Le prêt de la BOAD n'est qu'une composante d'un vaste programme d'investissement estimé à plus de 100 milliards FCFA. Les ressources serviront à acquérir de nouveaux équipements d'exploitation, à construire des infrastructures de sécurisation, à réaliser des travaux d'assèchement des fosses minières et à rehausser le parc à résidus. L'objectif affiché est clair : réduire la sous-traitance, devenue coûteuse, et améliorer la continuité des opérations. Cette approche s'inscrit dans une volonté de l'État de reprendre le contrôle d'une filière clé pour l'économie nationale, alors que l'or représente le premier produit d'exportation du Burkina Faso.

La dimension énergétique : un enjeu de compétitivité

Parmi les investissements prévus, la construction d'une ligne électrique de 76 kilomètres destinée à raccorder la mine de Wahgnion au réseau interconnecté de la SONABEL revêt une importance particulière. Jusqu'ici, les mines fonctionnaient principalement au diesel, une source d'énergie coûteuse et sujette aux fluctuations des prix pétroliers. Le raccordement au réseau électrique national permettra non seulement de réduire les coûts d'exploitation, mais aussi de diminuer l'empreinte carbone des activités minières. Cette infrastructure énergétique renforce également la souveraineté nationale en réduisant la dépendance aux importations de combustible.

Ce volet énergétique s'inscrit dans un contexte plus large. Depuis plusieurs années, le Burkina Faso subit des coupures récurrentes et une capacité de production insuffisante. L'investissement dans la ligne électrique profite à la mine, mais aussi aux communautés locales, en améliorant l'accès à l'électricité dans une région souvent délaissée. C'est un exemple des retombées indirectes que les autorités espèrent tirer de la reprise en main du secteur minier.

Un signal géopolitique fort

L'accord avec la BOAD, intervenu quelques semaines après une opération de 200 millions d'euros signée entre la même institution et Proparco (filiale de l'Agence française de développement) pour le financement du secteur privé dans l'UEMOA, souligne une évolution notable. Alors que le partenariat avec Proparco visait à soutenir des entreprises privées, le prêt au Burkina Faso est destiné directement à une entreprise d'État. Ce glissement traduit la volonté des autorités burkinabè de diversifier leurs sources de financement et de s'appuyer sur des instruments régionaux pour mener une politique minière plus indépendante.

Ce mouvement n'est pas isolé dans l'espace UEMOA. D'autres pays, comme le Mali et le Niger, ont également renforcé le contrôle étatique sur leurs ressources extractives, souvent en remettant en cause des contrats avec des multinationales. La BOAD, en tant qu'institution de financement du développement de l'Union économique et monétaire ouest-africaine, devient ainsi un outil privilégié pour accompagner ces stratégies de souveraineté. Reste à voir si ces investissements massifs permettront réellement d'atteindre les objectifs de rentabilité et de réduction de la dépendance à la sous-traitance, dans un environnement sécuritaire toujours précaire.

L'initiative burkinabè illustre une tendance régionale où les États de l'UEMOA cherchent à reprendre le contrôle de leurs ressources minières tout en s'appuyant sur des partenaires régionaux comme la BOAD. Elle pose toutefois des questions sur la capacité des administrations publiques à gérer efficacement des actifs industriels complexes, dans un contexte de défis sécuritaires et de volatilité des cours de l'or.