La publication du rapport pays du FMI, le 4 août, révèle que le programme GoldBod de la Banque du Ghana a creusé un déficit de 1,7 milliard de dollars en 2025, soit huit fois plus que les 214 millions reconnus officiellement. Cette divergence replace la gestion des réserves de change au cœur des fragilités macroéconomiques du pays ouest-africain, engagé dans un programme de sortie de défaut.

Infographie — Or · Gouvernance

Un dispositif sous dimensionné

La mécanique de GoldBod semblait parfaitement adaptée aux défis du Ghana, deuxième producteur aurifère du continent. Lancée pour absorber la production nationale, en particulier celle de l’orpaillage artisanal, la structure devait permettre à la banque centrale d’acheter le métal en cedis, de le convertir en réserves internationales et de réduire la dépendance au dollar. Une stratégie séduisante sur le papier, mais qui a buté sur une réalité industrielle impitoyable : les marges d’acquisition, les coûts de raffinage et la volatilité des cours ont englouti les bénéfices attendus.

L’écart chiffré par le FMI n’est pas seulement comptable. Il questionne la capacité de l’institution d’émission à piloter un programme de cette ampleur dans un contexte de sortie de défaut, sous la surveillance étroite des créanciers. Entre les 214 millions de pertes déclarées en interne et les 1,7 milliard documentés par les services du Fonds, c’est toute la chaîne de décision et de contrôle qui est pointée du doigt. La sous-estimation des frictions du marché aurifère domestique révèle un optimisme initial mal calibré, symptomatique des projets de souveraineté monétaire imaginés dans des économies encore fragiles.

La transparence en question

L’existence d’un tel écart pose une question politique immédiate : comment les autorités monétaires ont-elles pu ignorer une perte de cette ampleur, ou pire, la dissimuler ? L’enjeu est d’autant plus sensible que le Ghana s’est engagé dans un programme de facilité élargie de crédit de 3 milliards de dollars conclu avec le FMI en 2023. Chaque écart de transparence affaiblit la crédibilité extérieure du pays et complique les négociations sur la restructuration de sa dette. Pour les partenaires financiers, ce chiffre inattendu renforce l’exigence d’un audit indépendant et d’un pilotage plus rigoureux des actifs souverains.

Un précédent régional

Cette situation intervient dans un contexte ouest-africain où plusieurs États, du Mali au Burkina Faso, observent de près les tentatives de mobilisation des ressources aurifères. La ruée vers l’or comme alternative aux devises étrangères s’inscrit dans une dynamique plus large de souveraineté économique, mais le cas ghanéen illustre les écueils d’une approche trop hâtive. Les banques centrales de la région pourraient être tentées de relever les leçons de cette expérience : un programme d’achat domestique ne peut réussir sans une infrastructure de raffinage compétitive, des réserves de change suffisantes pour amortir les chocs et une gestion des risques sophistiquée.

L’insistance du FMI sur ces pertes rappelle aussi que la possession de l’or n’est pas en soi une garantie de stabilité monétaire. Les cours élevés du métal jaune, qui constituent pourtant une aubaine pour les producteurs, n’ont pas suffi à protéger le Ghana de cette hémorragie. Les compagnies minières internationales, telles qu’Endeavour Mining qui affichait des résultats records en juin dernier, profitent de l’environnement de prix favorable, tandis que les États peinent à capter cette valeur sans risque de pertes opérationnelles.

Au-delà du seul cas ghanéen, ce précédent pourrait influencer les stratégies des autres pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui envisagent de créer leurs propres réserves en or. La prudence conseillée par les institutions de Bretton Woods face à ces programmes se trouvera renforcée, alors même que la tentation de s’affranchir du dollar reste forte. L’échec relatif de GoldBod ne signe pas la fin de ces ambitions ; il en révèle les conditions de réussite, techniques et institutionnelles, trop souvent négligées dans le discours politique.

Alors que les cours de l’or demeurent soutenus, la question n’est plus de savoir si l’Afrique de l’Ouest doit mettre en valeur son sous-sol, mais comment le faire sans hypothéquer ses finances publiques. La trajectoire du Ghana servira désormais de test grandeur nature pour les banques centrales de la région, tiraillées entre l’aspiration à la souveraineté monétaire et la dure réalité des équilibres macroéconomiques. La refonte du secteur extractif, déjà entamée au niveau régional, exigera un dialogue bien plus rigoureux entre opérateurs privés, autorités nationales et institutions financières internationales.