Le 1er juillet 2026, les forces de sécurité tanzaniennes ont intercepté 163 morceaux d'or d'une valeur de 520 000 dollars, marquant une nouvelle étape dans la lutte contre la contrebande minière. L'opération s'inscrit dans un mouvement plus large : des rives du lac Victoria au Sahel, les États africains multiplient les actions pour capter davantage de valeur ajoutée de leurs ressources minérales. Moins d'un mois plus tôt, le tribunal de commerce de Ouagadougou annulait un accord d'achat d'or signé en 2014 entre Franco‑Nevada et une mine locale, symbole d'une remise en cause des contrats hérités d'une époque de moindre souveraineté.

Infographie — Or · Gouvernance

Une vague de renforcement des contrôles

La saisie tanzanienne n'est pas un fait isolé. Entre juillet 2025 et mars 2026, le gouvernement a confisqué des mineraux d'une valeur totale de 3,31 milliards de shillings (environ 1,3 million de dollars) en 55 incidents. En amont, plus de 40 marchés et centres d'achat officiels ont été créés pour canaliser les transactions des mineurs artisanaux et des courtiers. Le message est clair : tout écoulement hors des circuits légaux sera traqué.

L'or comme pilier de la souveraineté économique

L'enjeu dépasse la simple répression du trafic. En parallèle, la Banque centrale de Tanzanie a acheté près de 28 tonnes d'or en dix-huit mois pour 3,7 milliards de dollars, afin de renforcer ses réserves de change et stabiliser le shilling. Les exportations d'or ont bondi de 46,7 % sur un an, atteignant 5,53 milliards de dollars en mai 2026, dopées par des cours mondiaux élevés. Ce métal représente désormais 47,6 % des exportations de biens du pays.

Un écho ouest‑africain : le précédent burkinabè

Cette dynamique trouve un écho en Afrique de l'Ouest. Le 20 juin 2026, la chambre commerciale de Ouagadougou a invalidé l'accord d'achat d'or liant Franco‑Nevada à la mine de Karma depuis 2014, ordonnant le paiement de 5,2 milliards de francs CFA à l'État. En cause : des clauses jugées déséquilibrées, qui privaient le Burkina d'une part significative des revenus. La décision s'ajoute à une série de révisions contractuelles dans le secteur minier ouest‑africain.

Un contexte de préparation stratégique

Parallèlement, une délégation de la Banque africaine de développement échangeait avec les autorités burkinabè sur le prochain Document de stratégie pays 2027‑2031, qui devrait prioriser les infrastructures et la gouvernance des ressources. La conjonction de ces signaux – contentieux juridiques, planification à long terme, rapatriement de la valeur – dessine une tendance lourde : les États africains ne se contentent plus de percevoir des royalties ; ils veulent contrôler la chaîne de valeur.

Un mouvement panafricain en accélération

La Tanzanie et le Burkina ne sont pas des cas isolés. Le Ghana, le Mali, le Sénégal durcissent aussi leurs conditions d'exploitation. Selon des estimations récentes, les exportations non déclarées d'or en Afrique représentent environ 30 milliards de dollars par an. Cette fuite, combinée à la volatilité des cours, pousse les gouvernements à agir. La souveraineté minière devient un levier de négociation géopolitique et un outil de financement du développement.

De Ouagadougou à Dodoma, la même logique s'impose : l'or africain doit profiter d'abord aux Africains. Reste à savoir si ces initiatives coercitives et réglementaires suffiront à transformer la manne aurifère en développement durable, ou si elles se heurteront aux féodalités minières et aux réseaux de contrebande solidement implantés. La question est désormais sur la table de tous les gouvernements de la région.