Le 21 mai 2026, le Conseil des ministres burkinabè a adopté un décret instituant le Fonds souverain d'investissement minier du Burkina Faso (FSMIB), baptisé Siniyan-Sigui. Alimenté par les surplus de recettes lorsque les cours de l'or dépassent un seuil de référence, ce fonds ne sera pas affecté aux dépenses courantes mais destiné à financer des infrastructures et industries stratégiques. Cette décision s'inscrit dans une dynamique de reprise en main du secteur minier engagée depuis 2022, marquée par la nationalisation de cinq mines étrangères en 2025 et l'émergence d'un actionnariat majoritairement burkinabè dans 40 % des exploitations industrielles.

Infographie — Or · Gouvernance

La création du FSMIB constitue une étape supplémentaire dans la stratégie de souveraineté économique menée par le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré. Alors que l'or représente plus de 80 % des recettes d'exportation du pays, la volatilité des cours a longtemps exposé le Burkina Faso aux aléas du marché mondial, sans que les pics de prix ne se traduisent par des investissements durables. Avec Siniyan-Sigui, l'État entend lisser ces fluctuations et capitaliser sur les phases haussières pour accumuler une épargne dédiée au développement à long terme.

Un fonds adossé à une nationalisation progressive

Ce mécanisme intervient après une série de mesures de reprise en main du secteur. Fin 2025, six des quinze mines industrielles du pays étaient détenues majoritairement par des intérêts burkinabè, dont trois directement par la compagnie minière d'État. Ces 40 % du tissu minier national contrastent fortement avec la situation antérieure à 2022, où une seule mine industrielle appartenait à un acteur local – et encore s'agissait-il d'une entreprise privée d'un ancien ministre. La nationalisation de cinq mines étrangères en 2025 a accéléré ce transfert de propriété.

Le FSMIB ne se contente pas de capter les excédents : il impose une discipline budgétaire en interdisant l'utilisation des surplus pour éponger des déficits courants. Cette règle vise à rompre avec la logique de rente immédiate qui prévalait sous les régimes précédents, où les variations de prix servaient souvent à boucler des budgets sans vision structurante. En affectant ces ressources à des projets d'infrastructure et à l'industrialisation, le gouvernement escompte réduire la dépendance aux financements extérieurs pour les grands chantiers.

Une rupture avec le modèle hérité de la Françafrique

Le choix du nom Siniyan-Sigui – qui évoque l'avenir et la prospérité en langue locale – traduit une volonté politique affirmée. L'expulsion des troupes françaises en 2023 et la remise en cause des accords miniers déséquilibrés avec les multinationales avaient déjà signalé une inflexion souverainiste. Le fonds prolonge cette logique en internalisant la gestion de la rente minière, là où, auparavant, les profits partaient à l'étranger sans retour tangible pour les populations.

Cette dynamique s'observe aussi dans les pays voisins. Au Mali, la révision du code minier en 2023 a imposé une participation de l'État pouvant atteindre 30 % et favorisé le rapatriement des bénéfices. La Guinée, de son côté, a renforcé le contrôle public sur ses ressources en bauxite. Le Burkina Faso se distingue toutefois par l'ampleur et la rapidité de ses nationalisations, ainsi que par l'institution d'un fonds anticyclique, un outil encore rare dans la région.

Reste à savoir si ce fonds parviendra à éviter les écueils qui ont frappé des mécanismes similaires ailleurs en Afrique : la transparence de la gestion, l'indépendance vis-à-vis des pressions politiques et la capacité à sélectionner des projets réellement structurants seront déterminants. Les annonces récentes de la Banque mondiale et de l'IFC sur le financement agricole au Mali montrent que les bailleurs internationaux restent attentifs à l'évolution des politiques minières dans l'espace UEMOA.

Au-delà du Burkina Faso, la création du FSMIB illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la volonté des États de reprendre le contrôle de leurs ressources extractives et de les convertir en leviers de transformation économique. Si cette ambition est partagée par plusieurs capitales, les modalités diffèrent. Le pari burkinabè est d'avoir construit un instrument qui lie directement les fluctuations du marché de l'or à un investissement de long terme, rompant avec la logique de rente immédiate. La réussite de ce modèle pourrait influencer les réformes minières dans toute la région, mais sa crédibilité dépendra de la rigueur de sa mise en œuvre et de la capacité à résister aux tentations budgétaires.