Le gouvernement burkinabè a adopté le 21 mai 2026 un décret créant le Fonds souverain minier d’investissements du Burkina Faso (FSMIB), baptisé Siniyan-Sigui. Ce mécanisme vise à orienter les recettes minières excédentaires – au-delà d’un seuil de référence des cours – vers des projets structurants. La décision s’inscrit dans un mouvement de réappropriation des ressources naturelles entamé après 2022, alors que le pays a vu sa production industrielle atteindre 51,5 tonnes d’or en 2025 et les recettes directes du secteur bondir à 776 milliards de FCFA.

Infographie — Or · Gouvernance

Le fonds Siniyan-Sigui fonctionnera comme un compte d’affectation spéciale, alimenté par les recettes additionnelles générées lorsque les cours des minerais dépassent un niveau de référence fixé par les autorités. Le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubacar Nacanabo, a précisé que ces surplus seront intégralement versés au fonds pour financer des projets industriels et des infrastructures structurantes, avec un premier décaissement attendu en 2027. Ce dispositif permet de lisser l’impact des fluctuations des cours et d’éviter que les hausses de prix ne se traduisent uniquement par une augmentation des dépenses courantes.

Cette création intervient dans un contexte de croissance soutenue du secteur minier burkinabè. Depuis 2009, l’or est devenu le premier produit d’exportation, dépassant le coton. Les recettes directes du secteur sont passées de 540 milliards de FCFA en 2023 à 570 milliards en 2024, puis à plus de 776 milliards en 2025, soit une progression de plus de 40 % en deux ans. Cette manne croissante offre une marge de manœuvre budgétaire inédite, mais pose aussi la question de son utilisation optimale pour le développement à long terme.

Un mécanisme pour capter les surplus

Le choix d’un seuil de référence est crucial : il détermine la part des revenus qui sera épargnée. En s’inspirant des modèles de fonds souverains pétroliers (Norvège, Botswana), le Burkina Faso entend éviter le syndrome hollandais et transformer une ressource épuisable en capital productif. Le fonds vise également à renforcer la souveraineté financière du pays et à améliorer son profil de crédit, en offrant une garantie pour les investisseurs internationaux.

Cette initiative s’accompagne d’une évolution de la propriété locale dans le secteur. Avant 2022, une seule mine industrielle – Riverstone Karma, propriété d’Élie Ouédraogo – était contrôlée par un Burkinabè. Fin 2025, sur quinze mines en production, six sont majoritairement détenues par des acteurs nationaux. Le fonds s’inscrit dans cette dynamique de souveraineté, en donnant à l’État les moyens de financer des projets sans recourir exclusivement aux bailleurs de fonds étrangers.

Vers une souveraineté minière accrue

Les défis ne manquent pas. La définition du seuil de référence devra être transparente pour éviter les contestations et garantir que les surplus soient effectivement captés. La gouvernance du fonds sera déterminante : son indépendance vis-à-vis du budget de l’État, la qualité de ses investissements et la lutte contre la corruption conditionneront sa crédibilité. Le gouvernement mise sur un cadre juridique strict et une supervision parlementaire, mais la pratique reste à éprouver.

Au-delà du Burkina, cette création s’inscrit dans une tendance régionale de reprise en main des ressources minières. Le Mali et le Niger ont également renforcé leur contrôle sur les mines et les revenus associés, tandis que le Ghana et la Côte d’Ivoire expérimentent des mécanismes similaires. Le fonds Siniyan-Sigui pourrait servir de modèle pour d’autres pays producteurs d’or de l’UEMOA, à condition que sa gestion soit exemplaire.

La réussite de ce fonds dépendra aussi de la capacité du Burkina à maintenir un climat d’investissement attractif. Si la volonté de capter davantage de valeur est légitime, les compagnies minières internationales pourraient réagir en ajustant leurs stratégies. Le gouvernement devra trouver un équilibre entre souveraineté et partenariat, afin de ne pas compromettre les investissements futurs nécessaires à l’exploration et à l’extension des mines.

Le fonds Siniyan-Sigui incarne une ambition nouvelle : faire du sous-sol un levier de développement durable, au-delà des cycles de prix. Son succès dépendra de la rigueur de sa mise en œuvre et de la capacité du Burkina à conjuguer souveraineté et attractivité. Dans une région où la ruée vers l’or s’accélère, ce mécanisme pourrait devenir un outil clé pour transformer les ressources minières en infrastructures et en industries pérennes.