La production nationale d'électricité au Maroc n'a progressé que de 0,4% à fin mai 2026, tandis que les importations bondissaient de 43% et les exportations chutaient de 40,8%. Cette déconnexion entre offre et demande énergétique, rapportée par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), n'est pas un cas isolé. Elle interroge directement la capacité des pays africains à fournir une énergie fiable et abordable à leurs industries extractives, notamment les mines d'or d'Afrique de l'Ouest, déjà confrontées à des défis sécuritaires et réglementaires.
Les chiffres marocains dessinent un paradoxe : une demande d'électricité en hausse de 8,7% sur les cinq premiers mois de 2026, mais une production nationale quasi stagnante. L'écart est comblé par des importations record, malgré une augmentation de 2,2% de la production au deuxième trimestre, portée par le privé (+3,4%) et surtout par les énergies renouvelables relevant de la loi 13-09 (+15,8%). Cette situation traduit une dépendance croissante aux achats extérieurs, un risque souverain bien connu des pays miniers.
L'énergie, nerf de la guerre minière
En Afrique de l'Ouest, les mines d'or sont grandes consommatrices d'électricité – pour le concassage, le broyage, les installations de cyanuration. Au Burkina Faso, au Mali ou en Guinée, les pannes et le coût élevé du courant grèvent les marges des exploitants. Cora Gold, qui développe le projet Sanankoro dans le sud du Mali, a récemment souligné l'importance de sécuriser l'approvisionnement énergétique. Les sources historiques de mai 2026 faisaient état d'un effondrement mortel dans une mine artisanale en Angola et d'une fraude de 145 millions de dollars dans le cuivre en RDC, illustrant la fragilité du secteur extractif africain.
Maroc : une alerte pour la région ?
Le Maroc n'est pas un producteur d'or majeur, mais sa situation énergétique sert de signal. L'explosion des importations (+43% après +8,7% en 2025) et la chute des exportations (-40,8%) montrent que même les économies relativement industrialisées peinent à équilibrer leur mix. La forte progression des renouvelables (+15,8%) et des « tiers nationaux » (+285,3%) indique une transition en cours, mais insuffisante à court terme.
Implications pour les États ouest-africains
Pour les pays de la zone, la souveraineté énergétique conditionne directement les revenus miniers. Le Mali, deuxième producteur d'or d'Afrique de l'Ouest, doit importer une partie de son électricité des pays voisins, tandis que la Guinée mise sur l'hydroélectricité, mais avec des aléas climatiques. Sans amélioration significative de la production nationale, les mines pourraient voir leur compétitivité s'éroder face à d'autres régions.
La DEPF marocaine relève une inversion de tendance au deuxième trimestre, avec une progression de la production nationale de 2,2%. Reste à savoir si cette reprise est durable. Les énergies renouvelables, bien que dynamiques, ne représentent encore qu'une fraction du mix. Les leçons pour l'Afrique de l'Ouest sont claires : l'essor minier nécessite des investissements parallèles dans l'infrastructure électrique, sous peine de dépendre d'importations coûteuses et de compromettre les bénéfices attendus de l'extraction aurifère.
Le cas marocain illustre un dilemme commun à de nombreux pays africains : concilier la croissance de la demande énergétique industrielle avec la sécurité d'approvisionnement. Pour les États ouest-africains producteurs d'or, la question n'est pas seulement technique mais géopolitique. L'intégration régionale des réseaux électriques et le développement accéléré des renouvelables pourraient offrir une issue, à condition que les ressources minières servent à financer cette transition. L'équation reste ouverte.