La compagnie américaine Murphy Oil a annoncé une découverte de pétrole dans le bloc C1-709 au large de la Côte d’Ivoire, avec une zone pétrolifère nette d’environ 100 pieds répartie sur deux réservoirs. Cette trouvaille, intervenue dans le cadre d’une campagne de trois puits, relance les espoirs de voir la Côte d’Ivoire intégrer le cercle des cinq premiers producteurs africains d’ici 2035. Elle intervient dans un contexte régional marqué par l’entrée en production du champ sénégalais Sangomar et les ambitions de plusieurs États côtiers.

Infographie — Pétrole · Sénégal

Bubale-1X n’est pas une découverte isolée. Ce puits fait partie d’une campagne d’exploration menée par Murphy Oil aux côtés de ses partenaires, dont la société nationale PETROCI. Le forage, débuté en février 2026, a atteint une profondeur totale de 20 548 pieds dans une lame d’eau de 7 795 pieds, confirmant la présence d’hydrocarbures commercialisables dans le bassin sédimentaire ivoirien. Un puits d’évaluation est déjà programmé pour le second semestre 2026 afin de préciser l’étendue de la ressource.

Cette annonce s’inscrit dans une dynamique régionale où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest multiplient les efforts pour accroître leur production d’hydrocarbures. Le Sénégal, avec le champ Sangomar entré en production en 2024, et le Ghana, avec le bassin de Tano, sont déjà des producteurs établis. La Côte d’Ivoire, quant à elle, cherche à rattraper son retard après des décennies de production déclinante : de 60 000 barils par jour au début des années 2000, sa production était tombée sous les 30 000 b/j avant de remonter grâce à des découvertes récentes comme Baleine (Eni) et maintenant Bubale-1X.

Une confirmation du cadre réglementaire ivoirien

La Chambre africaine de l’énergie a salué la découverte en soulignant la solidité du cadre réglementaire ivoirien. Des conditions fiscales stables et une approche proactive en matière d’exploration ont permis d’attirer des compagnies comme Murphy Oil, mais aussi Eni et TotalEnergies. Ce climat d’investissement favorable contraste avec les incertitudes qui pèsent sur d’autres juridictions de la région, où les contentieux fiscaux ou les changements de législation freinent parfois les projets. La Côte d’Ivoire mise sur une stratégie claire : offrir des blocs attractifs tout en renforçant le rôle de PETROCI dans les opérations.

Quels enjeux pour la souveraineté énergétique régionale ?

La multiplication des découvertes offshore en Afrique de l’Ouest pose la question de la souveraineté énergétique. D’un côté, ces ressources permettent de réduire la dépendance aux importations de produits raffinés, encore massive dans la région. De l’autre, la plupart des hydrocarbures sont destinés à l’exportation, faute de capacités de raffinage locales suffisantes. La Côte d’Ivoire, qui dispose déjà d’une raffinerie à Abidjan (SIR), pourrait tirer parti de cette nouvelle production pour alimenter son outil industriel et servir de hub régional. Mais le défi reste la valorisation locale : la construction de nouvelles infrastructures de raffinage et de gazéification est un chantier de long terme.

Un nouvel équilibre géopolitique

L’arrivée de Murphy Oil, compagnie américaine, dans le golfe de Guinée confirme l’intérêt renouvelé des majors occidentales pour l’offshore ouest-africain. Après des années de désengagement relatif au profit de projets en Amérique du Nord ou en eaux profondes brésiliennes, les compagnies redécouvrent les bassins sédimentaires africains, attirées par des coûts d’exploration compétitifs et des perspectives de rendement élevé. Cette tendance coïncide avec une volonté des États de la région de renforcer leur contrôle sur leurs ressources, comme en témoigne la montée en puissance des sociétés nationales.

La compétition pour attirer les investissements étrangers est donc vive. Le Sénégal et le Ghana ont déjà fixé des objectifs de production ambitieux, tandis que la Mauritanie et le Mozambique (Afrique australe) attirent des projets gaziers de grande envergure. Dans ce jeu, la Côte d’Ivoire mise sur la régularité de son environnement des affaires et sur la qualité de ses infrastructures portuaires et logistiques, notamment via le port d’Abidjan, pour capter une part significative des investissements.

La découverte de Bubale-1X s’inscrit dans un mouvement plus large de relance de l’exploration offshore en Afrique de l’Ouest. Alors que les cours du pétrole restent volatils et que la transition énergétique modifie les perspectives de long terme, ces nouveaux gisements offrent une fenêtre pour renforcer les finances publiques et accélérer l’industrialisation régionale. Mais la question de la gestion des ressources — partage de la valeur, impact environnemental, transformation locale — reste plus que jamais posée. La Côte d’Ivoire, comme ses voisins, devra faire des choix stratégiques pour que l’or noir devienne un levier de développement durable.