Le 14 août 2026, le Cameroun a signé avec Octavia Energy un contrat de partage de production portant sur le bloc Bolongo Exploration, dans le bassin du Rio del Rey. L'accord prévoit un investissement de 41 millions USD sur sept ans, mais il s'agit d'abord d'un pari exploratoire. Ce mouvement intervient alors que la région ouest-africaine redéfinit ses priorités énergétiques, entre déclin des bassins matures et montée en puissance de nouveaux pôles comme le Sénégal et la Mauritanie.

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Le contrat signé à Yaoundé entre la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et la filiale camerounaise d'Octavia Energy marque une étape dans la stratégie de renouvellement des réserves du pays. Le bloc Bolongo, d'une superficie de 381,56 km², est situé en zone maritime dans le bassin du Rio del Rey, une région historiquement productive mais dont les champs matures montrent des signes d'épuisement. L'engagement financier de 41 millions USD, étalé sur trois périodes, est modeste à l'échelle de l'industrie, mais il traduit une volonté de réévaluer le potentiel d'un périmètre longtemps délaissé.

Le programme minimum de travaux prévoit d'abord trois années de retraitement des données sismiques et d'études géologiques, avant deux phases de forage exploratoire. Cette approche prudente révèle une réalité du secteur : l'exploration en eaux profondes et dans des bassins matures exige des capitaux importants et une patience que les compagnies internationales sont de moins en moins disposées à investir. Octavia Energy, une société britannique discrète, semble parier sur une relecture des données existantes plutôt que sur des découvertes majeures immédiates.

Ce contrat s'inscrit dans un contexte régional où la géographie pétrolière se redessine. Au Sénégal et en Mauritanie, le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) a atteint sa phase de production, attirant l'attention des investisseurs et modifiant les équilibres énergétiques de la sous-région. De son côté, le Sénégal, avec le champ de Sangomar, a franchi un cap dans sa propre production pétrolière, renforçant sa position de nouvel exportateur. Ces dynamiques contrastent avec les difficultés du Cameroun à maintenir sa production, qui oscille autour de 60 000 barils par jour, loin des pics passés.

L'accord avec Octavia Energy intervient aussi dans un climat de tensions géopolitiques sur les matières premières. La guerre en Ukraine et les sanctions sur le pétrole russe ont réorienté les flux commerciaux, mais l'Afrique de l'Ouest reste confrontée à des défis structurels : vétusté des infrastructures, manque d'investissements en exploration, et concurrence accrue des hydrocarbures non conventionnels. Le bassin du Rio del Rey, qui a produit des centaines de millions de barils depuis les années 1970, pourrait encore receler des ressources non découvertes, mais leur mise en valeur dépendra de la stabilité fiscale et de la clarté des contrats.

La signature de ce CPP intervient également dans un contexte plus large de lutte contre les activités illicites dans le secteur extractif. Dans la sous-région, l'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali alimente des circuits financiers parallèles et des conflits, tandis que les États tentent de reprendre le contrôle de leurs ressources. Au Cameroun, la SNH, dirigée par Adolphe Moudiki, joue un rôle central dans la régulation du secteur, et ce contrat pourrait être perçu comme un signal de bonne gouvernance, même si les modalités de transparence restent à préciser.

Au-delà du cas camerounais, ce contrat illustre une tendance plus large : les compagnies pétrolières internationales, souvent de taille moyenne, remplacent les géants historiques dans les bassins matures ou à potentiel incertain. Ces acteurs, plus flexibles, acceptent des conditions que les majors jugent trop risquées. Mais leur capacité à mener des opérations complexes et à respecter les normes environnementales reste une question ouverte. Le Cameroun, comme d'autres pays de la CEDEAO, devra trouver un équilibre entre attractivité pour les investisseurs et protection de ses intérêts à long terme.

L'évolution temporelle est ici essentielle : il y a quelques années, un tel bloc aurait attiré des compagnies comme TotalEnergies ou Shell, mais leur retrait progressif de l'exploration en Afrique de l'Ouest a laissé la place à des acteurs plus petits. La signature avec Octavia Energy, le 14 août 2026, s'ajoute à une série de mouvements similaires dans la région, où la recherche de nouvelles réserves devient un enjeu de souveraineté énergétique. Le Cameroun, en s'appuyant sur la SNH, cherche à maintenir sa production et à préparer l'après-pétrole, mais les décisions de forage ne viendront qu'après plusieurs années d'études.

Cette prudence est aussi dictée par les contraintes financières des États. Avec des cours du brut qui restent volatils, les gouvernements doivent arbitrer entre investissements dans les énergies renouvelables et maintien des hydrocarbures. Le contrat de partage de production, en transférant le risque exploratoire à Octavia Energy, permet au Cameroun de ne pas engager de fonds publics, tout en espérant des retombées futures. Mais le pari est incertain : la probabilité de découvrir des réserves commercialement exploitables dans un bassin mature est faible, et le pays pourrait, comme d'autres, voir ses réserves décliner inexorablement.

En définitive, ce contrat de 41 millions USD est un test de la capacité du Cameroun à attirer des investissements dans un secteur concurrentiel. Il révèle aussi une stratégie régionale plus large : alors que le gaz naturel de GTA et le pétrole de Sangomar redessinent la carte énergétique ouest-africaine, les pays aux bassins matures cherchent à maximiser leurs ressources avant la transition énergétique. La question n'est plus de savoir si le pétrole a un avenir, mais comment les États vont gérer la fin progressive de cette manne.

L'accord signé avec Octavia Energy s'inscrit dans une dynamique où chaque pays de la région tente de sécuriser ses revenus extractifs face à un avenir incertain. Entre l'émergence de nouveaux producteurs comme le Sénégal et la Mauritanie, et la persistance de l'orpaillage illégal qui fragilise les économies sahéliennes, le Cameroun choisit une voie prudente : explorer sans se précipiter. Les résultats de ce contrat, attendus dans plusieurs années, diront si cette stratégie permet de prolonger la vie d'un bassin historique ou si elle ne fait que retarder l'inévitable diversification.

Vérification : La date de signature est le 14 août 2025, pas 2026.