Alors que le Cameroun s'apprête à mettre fin aux opérations du FLNG Hilli Episeyo en juillet, les tensions entre la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et son partenaire Perenco s'exacerbent. Au-delà des enjeux techniques, ce sont les luttes d'influence au sommet de l'État qui redessinent la gouvernance du secteur pétrolier camerounais, dans un contexte régional marqué par la hausse des prix de l'énergie.

Infographie — Obligations souveraines

Le redéploiement avorté du Hilli Episeyo

L'arrêt du FLNG Hilli Episeyo, prévu en juillet, ne doit pas être lu comme une simple conséquence de l'épuisement des réserves. Selon des sources concordantes, l'échec de son redéploiement vers le bassin du Rio del Rey révèle des blocages profonds qui paralysent le développement gazier camerounais. Le navire de liquéfaction, qui a permis au Cameroun de devenir un exportateur de GNL depuis 2018, aurait pu prolonger son activité si les négociations avec les opérateurs locaux avaient abouti. Cet échec s'inscrit dans une série de différends techniques et financiers entre la SNH et Perenco, son partenaire historique.

Un face-à-face au sommet de l'État

Le secteur pétrolier camerounais est aujourd'hui le théâtre d'une compétition ouverte entre deux projets de construction de raffinerie et de dépôts pétroliers, chacun estimé à plusieurs millions de dollars. Le premier est porté par Nathalie Moudiki, directrice générale de la SNH, tandis que le second est défendu par Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence. Ce duel illustre les jeux d'influence qui se jouent autour des hydrocarbures, où les intérêts économiques se mêlent aux considérations politiques. La SNH, pilier de l'économie camerounaise, se retrouve au centre de ces manœuvres, avec des décisions stratégiques qui dépassent le simple cadre technique.

Des relations tendues avec Perenco

Les relations entre la SNH et Perenco se sont dégradées ces derniers mois, comme en témoigne la gestion du bassin du Rio del Rey. Perenco, qui opère dans la région depuis des décennies, est perçu par certains comme un partenaire incontournable, mais de plus en plus contesté pour ses méthodes et ses exigences. La SNH, de son côté, cherche à affirmer son contrôle sur l'ensemble de la chaîne de valeur, de l'extraction à la commercialisation. Cette tension se manifeste par des désaccords sur les investissements, les calendriers et les partages de revenus, au détriment du développement gazier du pays.

Des enjeux géopolitiques et régionaux

Cette situation intervient dans un contexte régional où la demande énergétique croît et où les pays de la CEMAC cherchent à diversifier leurs économies. Le Cameroun, qui dispose de réserves de gaz importantes, pourrait jouer un rôle clé dans l'approvisionnement de la sous-région. Cependant, les blocages actuels risquent de compromettre ces ambitions. Par ailleurs, la montée en capital de la SNH au sein de la Cameroon Oil Transportation Co (Cotco), avec le soutien du Tchad, indique une volonté de renforcer la coopération régionale dans le secteur des hydrocarbures. Cette évolution pourrait redessiner les équilibres entre les acteurs nationaux et internationaux.

Vers une restructuration du secteur ?

Les rivalités entre la SNH et la présidence, ainsi que les tensions avec Perenco, soulèvent des questions sur la gouvernance du secteur pétrolier camerounais. Certains observateurs y voient une opportunité pour clarifier les rôles et responsabilités, tandis que d'autres craignent une paralysie prolongée. La décision de la SNH de monter au capital de la Cotco, en partenariat avec le Tchad, pourrait être un premier pas vers une consolidation régionale, mais elle nécessitera des compromis politiques et économiques.

L'impact sur l'économie nationale

Au-delà des considérations géopolitiques, ces tensions ont des répercussions directes sur l'économie camerounaise. Le pétrole et le gaz représentent une part importante des recettes d'exportation et des revenus budgétaires. Tout retard dans les projets de développement gazier se traduit par des pertes de revenus pour l'État et la SNH, et affecte la confiance des investisseurs étrangers. La stabilité du secteur est donc cruciale pour la croissance économique du pays, mais elle dépend de la résolution des conflits internes.

Les luttes d'influence autour de la SNH ne sont pas un simple épisode de politique intérieure ; elles reflètent les défis plus larges de la gouvernance des ressources naturelles en Afrique centrale. Alors que la demande mondiale de gaz naturel reste soutenue, le Cameroun pourrait manquer une occasion de consolider sa position. La question demeure de savoir si les acteurs camerounais parviendront à transcender leurs divergences pour bâtir une vision commune du secteur, ou si les intérêts particuliers continueront de primer, au détriment du développement national et régional.