Le 25 juillet 2026, la société Multiproduits Benin et le groupe indien Indo Group ont présenté à Cotonou un nouvel engrais, le MAXI Super Phosphate Organique (MAXI-SPO). Derrière l'innovation technique se profile une question stratégique pour l'Afrique de l'Ouest : comment réduire la dépendance aux intrants importés tout en valorisant les gisements régionaux de phosphate ? Cette initiative intervient dans un contexte de recomposition des chaînes d'approvisionnement mondiales et de vives tensions autour du contrôle des ressources minières, comme en témoignent les récents mouvements à la Compagnie de Phosphates de Gafsa en Tunisie et les débats sur la dépendance européenne au phosphate marocain.

Infographie — Phosphate

Une innovation locale dans un marché dominé par les importations

La rencontre du 25 juillet à Cotonou a réuni producteurs, techniciens et responsables autour d'un objectif : promouvoir une fertilisation qui allie rendement et santé des sols. Mohamed Simpara, PDG de Multiproduits Benin, a insisté sur le rôle central de l'agriculture dans l'économie béninoise, confrontée à l'appauvrissement des sols et aux changements climatiques. Le MAXI-SPO se distingue par sa formulation riche en phosphore et en matière organique, conçue pour nourrir les cultures tout en restaurant la fertilité des sols. Cette approche contraste avec les engrais minéraux classiques, souvent importés et à courte vue.

La question du phosphate en Afrique de l'Ouest

L'Afrique de l'Ouest dispose de réserves de phosphate significatives, notamment au Sénégal (gisements de Mboro et Matam) et au Togo (projet de phosphate de Kpémé). Pourtant, la région reste structurellement importatrice d'engrais phosphatés, dominée par l'Office chérifien des phosphates (OCP) marocain. Les alertes de mai-juin 2026 sur la dépendance espagnole au phosphate marocain, relayées par des médias comme Barlamane, rappellent que le Maroc concentre près de 70% des réserves mondiales et contrôle une large part du commerce international. Dans ce contexte, toute initiative visant à produire localement des fertilisants est scrutée comme un possible levier de souveraineté.

Un engrais qui mise sur la matière organique

Le MAXI-SPO n'est pas un simple engrais phosphaté : en intégrant une forte teneur en matière organique, il répond à une double exigence de productivité immédiate et de durabilité. Les spécialistes présents à Cotonou ont souligné que cette combinaison permet de restaurer les sols dégradés, un enjeu majeur dans le Golfe du Bénin où l'agriculture intensive a épuisé les terres. Cette orientation s'inscrit dans une tendance globale vers l'agroécologie, portée par des institutions comme la FAO et des initiatives régionales. Mais elle interroge aussi la capacité de la région à produire les intrants nécessaires sans recourir aux importations.

Un test pour la souveraineté régionale ?

Le partenariat avec Indo Group, un conglomérat indien spécialisé dans les fertilisants et la chimie, soulève des questions. D'un côté, il apporte un savoir-faire industriel et un accès à des matières premières. De l'autre, il place la production sous influence étrangère, dans un secteur où la Chine et l'Inde sont déjà des acteurs majeurs. Le Bénin ne possède pas de gisements de phosphate connus, mais l'initiative pourrait créer une demande régionale qui serait satisfaite par des sources ouest-africaines, comme les projets sénégalais ou togolais. Cependant, ces projets peinent à émerger : au Sénégal, l'exploitation à Matam a connu des retards ; au Togo, le gisement de Kpémé attend toujours un investissement significatif. La situation contraste avec les dynamiques nord-africaines, où la Tunisie a récemment nommé un nouveau patron de la CPG/GCT en juin 2026, et où l'Algérie met l'accent sur les hydrocarbures.

Les défis de la valorisation locale

Pour que le MAXI-SPO devienne un vecteur de souveraineté, il faudrait que sa production s'intègre dans une chaîne de valeur régionale. Actuellement, les pays ouest-africains exportent leur phosphate brut et importent des engrais finis, perdant ainsi une partie de la valeur ajoutée. L'initiative béninoise, si elle se développe, pourrait inciter à la transformation locale, mais cela nécessite des investissements dans les infrastructures industrielles et une coordination régionale. La CEDEAO a identifié les fertilisants comme un secteur prioritaire, mais les progrès restent lents. Par ailleurs, les tensions géopolitiques autour des « matières premières critiques » – un terme qui inclut le phosphate – poussent les États à repenser leurs stratégies extractives, comme le montre l'alerte espagnole sur son approvisionnement.

Perspectives : un test grandeur nature

Le lancement du MAXI-SPO est à la fois modeste et emblématique. Modeste, car il s'agit d'un produit spécifique dans un pays sans ressources phosphatées. Emblématique, car il cristallise les aspirations à une agriculture plus autonome et plus respectueuse des sols. L'expérience béninoise pourrait servir de modèle pour d'autres pays de la région, à condition que les gisements locaux soient enfin exploités de manière durable et souveraine. La question centrale reste : qui contrôlera la production d'engrais en Afrique de l'Ouest demain ?

Au-delà du cas béninois, l'avenir du phosphate ouest-africain se joue dans l'articulation entre initiatives privées, volontés étatiques et dynamiques régionales. Alors que le monde cherche à sécuriser ses approvisionnements en ressources critiques, l'Afrique de l'Ouest doit choisir entre une insertion subordonnée dans les chaînes de valeur globales et une stratégie de valorisation locale intégrée. Le MAXI-SPO n'est qu'un indice, mais il révèle une prise de conscience : la sécurité alimentaire régionale passe aussi par la maîtrise des intrants. La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques et des investisseurs.