Le Parlement de transition du Mali a entériné un ensemble de financements d’un montant de 190 millions de dollars pour le projet de boucle électrique de 225 kV de Bamako Nord, porté par la Banque africaine de développement. Cette infrastructure vise à moderniser le réseau de transport et de distribution, à raccorder 10 000 foyers et 40 sites industriels, et à intégrer les futures capacités de production issues de l’interconnexion Guinée-Mali, de la ligne de Manantali 2 et des centrales solaires de Kambila et Safo. Ce vote intervient dans un climat d’insécurité persistante, illustré par les récentes frappes aériennes à Kidal et l’explosion d’une mine artisanale dans la région de Kita, qui rappellent les fragilités auxquelles le pays doit faire face pour mener à bien ses projets structurants.

Infographie — Énergie · Électricité

Le projet de boucle de 225 kV de Bamako Nord constitue l’une des plus importantes opérations d’infrastructure électrique en cours au Mali. Il prévoit la construction d’une ligne à haute tension reliant les postes de Kodialani et de Dialakorobougou, deux nouveaux postes à Safo et Kénié, ainsi que des extensions sur les sites existants. Le réseau moyenne et basse tension sera également renforcé pour desservir les quartiers périphériques de la capitale, où les coupures d’électricité freinent l’activité économique et la vie quotidienne.

Un montage financier multipartite

Le financement illustre la diversité des bailleurs de fonds mobilisés autour de la souveraineté énergétique malienne. La BAD contribue par un prêt de 35,27 millions de dollars du Fonds africain de développement et 18,99 millions de dollars de la Facilité d’appui à la transition. S’y ajoutent des concours du Fonds d’investissement pour le climat (5 millions de dollars en prêt, 6,8 millions en subvention) et du Fonds vert pour le climat (2,2 millions de dollars). La Banque ouest-africaine de développement, la Banque islamique de développement et l’État malien complètent le tour de table. Cette architecture financière reflète la priorité accordée par les institutions internationales à l’électrification sahélienne, dans un contexte où le déficit énergétique entrave la transformation minière et industrielle.

L’interconnexion régionale comme clé de voûte

Le projet s’inscrit dans un schéma plus large d’intégration électrique ouest-africaine. La boucle de Bamako Nord est dimensionnée pour accueillir l’électricité issue de l’interconnexion Guinée-Mali, qui doit acheminer l’énergie des barrages guinéens, et celle de la ligne Manantali 2, en provenance du barrage malien du même nom. Les centrales solaires photovoltaïques prévues à Kambila et Safo viendront diversifier le mix. Cette approche vise à réduire la dépendance du Mali aux importations d’hydrocarbures et à stabiliser un réseau aujourd’hui vulnérable aux chocs climatiques et sécuritaires.

Un contexte de vulnérabilité sécuritaire

Les défis ne manquent pas. En mai 2026, plusieurs frappes aériennes ont visé Kidal, région septentrionale sous contrôle de groupes armés, tandis qu’un engin explosif artisanal a tué un lycéen sur un axe routier dans la forêt du Baoulé. Ces événements rappellent que les zones d’intervention du projet, notamment les axes de transport d’électricité et les postes situés en périphérie, sont exposées aux risques d’attaques et de sabotages. La Banque africaine de développement et le gouvernement malien ont intégré des clauses de sécurisation dans le montage, mais la mise en œuvre dépendra de la capacité des forces de défense à protéger les infrastructures critiques.

Entre nécessité économique et instabilité politique

Le projet intervient alors que le Mali traverse une phase de transition politique prolongée, marquée par une défiance vis-à-vis des partenaires traditionnels et un recentrage vers des bailleurs multilatéraux. L’électricité est présentée comme un levier de souveraineté économique : en améliorant l’approvisionnement des sites industriels, le gouvernement espère stimuler la transformation locale des matières premières, en particulier dans le secteur minier (or, lithium) dont les revenus sont essentiels au budget. Toutefois, la réussite du projet dépendra aussi de la maintenance des équipements, de la formation des opérateurs et de la viabilité tarifaire, des aspects encore peu documentés dans les documents officiels.

Ce nouveau maillon du réseau malien s’inscrit dans une dynamique sahélienne plus large : le Burkina Faso et le Niger mènent des projets similaires d’interconnexion, souvent avec le même appui des banques multilatérales, tandis que la Guinée cherche à valoriser son potentiel hydroélectrique. La question de la souveraineté énergétique se pose avec acuité dans une région où l’instabilité sécuritaire et les aléas climatiques menacent les infrastructures. Le pari malien de miser sur un réseau intégré et diversifié pourrait servir de test pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest en quête d’indépendance énergétique.