Le 7 mai 2026, le gouvernement malien et B2Gold ont inauguré la mine d'or de Fékola Sud, ajoutant 200 000 onces par an à la production ouest-africaine. Cet investissement de 500 millions de dollars intervient alors que la région cherche à monétiser ses ressources minières pour financer sa transition énergétique. Au-delà des recettes fiscales, c'est la question de la souveraineté électrique qui est posée.

La mise en production de Fékola Sud survient dans un contexte où l'Afrique de l'Ouest consolide son rang de premier producteur aurifère mondial, avec des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Ghana en tête. Mais cette croissance s'accompagne d'une pression accrue sur les infrastructures énergétiques locales. Les mines d'or sont gourmandes en électricité : une mine à ciel ouvert comme Fékola Sud nécessite jusqu'à 50 MW pour ses opérations d'extraction et de traitement. Or, le Mali souffre d'un déficit chronique de production électrique, avec un taux d'électrification inférieur à 50 %. Pour pallier ce besoin, B2Gold a investi dans une centrale solaire de 30 MW couplée à un stockage par batteries, réduisant sa dépendance au diesel importé. Cette initiative illustre une tendance plus large : les compagnies minières deviennent de facto des fournisseurs d'électricité pour les communautés locales, soulevant des questions sur la répartition des coûts et des bénéfices. L'accord de partenariat prévoit que 20 % de l'énergie produite soit injectée dans le réseau national, un précédent qui pourrait influencer les futures conventions minières dans la région. Par ailleurs, la hausse de la production d'or génère des recettes fiscales supplémentaires, estimées à 80 millions de dollars par an pour l'État malien. Ces fonds sont théoriquement fléchés vers des projets d'énergie renouvelable, mais la transparence de leur utilisation reste un enjeu. Le Fonds souverain malien, créé en 2025, vise à recycler les revenus miniers dans des infrastructures durables. Cependant, la volatilité des cours de l'or et la pression des partenaires étrangers pour garantir un retour sur investissement rapide compliquent cette stratégie. Enfin, Fékola Sud s'inscrit dans une dynamique régionale de course à la souveraineté énergétique. Le Ghana et le Burkina Faso ont récemment signé des accords similaires avec des majors minières, imposant des clauses de cession d'électricité. Cette tendance pourrait à terme réduire la dépendance des États aux importations d'hydrocarbures, mais elle pose aussi la question du contrôle des actifs énergétiques. Les compagnies minières, souvent critiquées pour leur impact environnemental, se positionnent comme partenaires de la transition énergétique africaine. Reste à savoir si ces initiatives seront suffisantes pour atténuer les tensions sociales liées à l'exploitation des ressources.

Alors que la ruée vers l'or se poursuit en Afrique de l'Ouest, la frontière entre exploitation minière et souveraineté énergétique s'amenuise. Les accords de gré à gré entre États et multinationales redéfinissent les priorités d'investissement, au risque d'une privatisation rampante des services publics. La question centrale est désormais de savoir si ces synergies profiteront durablement aux populations locales ou si elles ne feront qu'approfondir les asymétries de pouvoir traditionnelles.