Le Mali voit sa production industrielle d'or chuter à 43,2 tonnes en 2026, bien loin du record de 2023, tandis que la Guinée lance une raffinerie d'alumine à 1 milliard de dollars avec Chalco. Parallèlement, en Afrique australe, un projet solaire sur un ancien dépôt de stériles miniers ouvre une piste pour décarboner les mines. Trois signaux qui dessinent les mutations d'un secteur minier ouest-africain sous pression.
Mali, Guinée, énergie : le triple défi du secteur minier ouest-africain
Le ministère malien des Mines a dévoilé, le 24 juillet 2026, son plan 2026-2029 qui table sur une production industrielle d'or plafonnant à 57 tonnes en 2028, avant de redescendre. En 2025, le pays n'a extrait que 42,2 tonnes, contre 66,5 tonnes en 2023, année record avant l'entrée en vigueur du nouveau code minier de 2023. Ce texte, qui vise à accroître les recettes de l'État, a provoqué des tensions avec les opérateurs étrangers, notamment Barrick Gold, dont le complexe Loulo-Gounkoto a été temporairement mis sous administration publique. Le contentieux a pesé sur la production et refroidi l'investissement, tandis que les réserves industrielles déclinent, passant de 906,8 tonnes estimées en 2026 à 748,6 tonnes en 2029.
Des gisements d'or sous tension
Le plan prévoit une production portée par quatre mines principales : Fekola (B2Gold), Loulo-Gounkoto (Barrick), Syama (Resolute) et Sadiola (Allied). Mais la tendance est baissière. L'audit gouvernemental qui a récupéré 761 milliards de francs CFA d'arriérés présumés auprès des sociétés minières a cristallisé les tensions. Les opérateurs historiques, habitués à un code plus libéral, hésitent à engager de nouveaux investissements. Ce climat pèse sur l'attractivité du Mali, qui reste pourtant l'un des premiers producteurs d'or d'Afrique.
La Guinée mise sur l'alumine
À l'opposé, la Guinée mise sur la transformation locale. Le 23 juin 2026, Conakry a lancé un projet majeur de raffinerie d'alumine avec le chinois Chalco, pour un investissement d'un milliard de dollars. L'objectif : transformer sur place une partie de sa production de bauxite, dont le pays est le deuxième exportateur mondial. Ce projet s'inscrit dans une volonté de capter plus de valeur ajoutée, mais il pose la question des besoins énergétiques. La Guinée devra sécuriser un approvisionnement électrique stable, alors que le pays souffre encore de coupures récurrentes.
Le solaire minier en embuscade
Pendant ce temps, en Afrique du Sud, la coentreprise Envusa Energy (Anglo American et EDF) a finalisé le financement d'une centrale solaire de 63 MW sur un ancien dépôt de stériles miniers, à même de fournir la mine de fer de Sishen. Ce projet, le premier du genre en Afrique australe, montre comment les sites miniers peuvent devenir des plateformes de production d'énergie renouvelable, sans solliciter le réseau national. Si le contexte est sud-africain, l'idée intéresse les mines ouest-africaines, confrontées à la hausse des coûts énergétiques et aux exigences de décarbonation.
Une transition à plusieurs vitesses
La région ouest-africaine est à un carrefour. Le recul de la production aurifère malienne rappelle que la rente minière n'est pas inépuisable et que le rapport de force entre États et compagnies peut freiner les investissements. La Guinée, avec son projet d'alumine, tente de remonter la chaîne de valeur, mais l'intensité énergétique de cette industrie nécessite des sources d'électricité fiables. Le modèle sud-africain de solaire sur site minier pourrait offrir une piste, à condition d'être adapté aux réalités réglementaires et foncières locales.
L'Agence internationale de l'énergie, dans son rapport du 19 juillet 2026, souligne la hausse des prix des minéraux critiques et les tensions sur l'offre. L'or, l'aluminium et l'énergie sont désormais liés dans un même écosystème. Pour les pays d'Afrique de l'Ouest, la question n'est plus seulement d'extraire, mais de produire et de transformer dans un contexte de transition énergétique et de souveraineté renforcée.
Le Mali cherche à renflouer ses caisses par un code minier plus dur, tandis que la Guinée mise sur la transformation locale de sa bauxite. L'énergie solaire, testée en Afrique australe, pourrait offrir une solution aux besoins des mines ouest-africaines. Mais ces dynamiques restent tributaires de la stabilité politique, des prix des matières premières et de la capacité des États à attirer des investisseurs privés dans un environnement réglementaire en mutation.