Onze agriculteurs ont été tués dans deux attaques attribuées à Daech dans l’État de Borno, au nord-est du Nigeria, selon des sources locales. Au-delà du drame humanitaire, ces violences mettent en lumière le défi sécuritaire qui pèse sur le développement économique régional, en particulier dans les zones d’extraction aurifère. Le FMI a déjà alerté sur les conséquences du recul de l’activité agricole, mais l’impact pourrait s’étendre au secteur minier, essentiel à la diversification des économies ouest-africaines.

Infographie — Or · Production

Une insécurité qui gangrène le nord du Nigeria

Les récentes attaques dans l’État de Borno s’inscrivent dans une dynamique de violence persistante qui fragilise l’ensemble du bassin du lac Tchad. Si ces exactions visent d’abord les communautés agricoles, elles témoignent de l’incapacité des États à sécuriser les zones rurales et frontalières. Or, ces mêmes territoires abritent souvent des gisements miniers, notamment d’or, dont l’exploitation nécessite une stabilité minimale. Le Nigeria, qui cherche à diversifier ses revenus hors du pétrole, a identifié l’or comme une filière stratégique, mais les investissements restent entravés par l’insécurité.

Ce constat n’est pas isolé. Dans le Sahel central, les groupes armés, souvent affiliés à Daech ou à Al-Qaïda, étendent leur emprise sur les zones minières artisanales. Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, l’exploitation aurifère est devenue une source de financement pour ces groupes, tandis que les compagnies minières industrielles multiplient les mesures de sécurité, alourdissant leurs coûts. La région de Borno, bien que moins connue pour ses mines, est voisine de zones aurifères prometteuses dans l’État de Zamfara, où l’insécurité est déjà chronique.

Le paradoxe des infrastructures et de la vulnérabilité

Pendant ce temps, des projets structurants avancent, comme le port de Lomé, qui a traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, renforçant son rôle de hub logistique. Mais ces infrastructures ne profitent pleinement à la région que si les chaînes d’approvisionnement ne sont pas perturbées par l’insécurité. De même, les investissements dans l’hydroélectricité, comme le barrage de Souapiti en Guinée, visent à fournir une énergie stable aux industries extractives. Or, sans sécurité, ces investissements peuvent devenir des actifs risqués.

Les attaques du 21 juin 2026 rappellent que la souveraineté énergétique et minière ne se décrète pas : elle repose sur un environnement sécuritaire solide. Le FMI, en pointant le risque d’aggravation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire, souligne un cercle vicieux où l’instabilité freine le développement, qui à son tour alimente les griefs et les violences. Pour le secteur minier, cela se traduit par une prime de risque accrue, des retards dans les permis et une fuite des capitaux vers des destinations plus sûres.

Une réponse régionale insuffisante

La CEDEAO a récemment dévoilé un « Pacte d’avenir » en six piliers pour consolider l’intégration, mais la question sécuritaire reste le maillon faible. Les actions coordonnées contre les groupes armés peinent à produire des résultats durables, et les États membres, englués dans leurs priorités nationales, n’avancent pas de manière cohérente. Pourtant, l’or et les autres minerais pourraient être un levier de développement si les conditions de sécurité étaient réunies.

L’attaque de Borno est un signal d’alarme : si le Nigeria, poids lourd régional, ne parvient pas à protéger ses citoyens et ses ressources, c’est tout l’écosystème minier ouest-africain qui en pâtit. Les investisseurs, déjà prudents, pourraient se détourner davantage, au profit de régions plus stables comme l’Afrique australe. La leçon est claire : la sécurisation des territoires est un préalable à la valorisation des richesses souterraines.

Les violences dans le Borno ne sont qu’un épisode de la fragilité sécuritaire qui mine l’Afrique de l’Ouest. Alors que la demande mondiale d’or reste soutenue et que les États cherchent à monétiser leurs ressources, l’insécurité pourrait bien devenir le principal obstacle à l’essor du secteur extractif. La question ouverte est de savoir si les réformes régionales et les partenariats internationaux parviendront à inverser la tendance avant que les mines ne deviennent, comme les champs, des cibles de choix pour les groupes armés.