Le 13 août à Conakry, la compagnie minière publique guinéenne Nimba Mining Company (NMC) et l'australien Resolute Mining ont signé les statuts de Landaya Gold, une coentreprise à parts égales dédiée à l'exploration aurifère. Cette opération marque une étape décisive dans la stratégie de diversification du secteur minier national, voulue par les autorités pour réduire la dépendance à la bauxite. Elle intervient dans un contexte où la Guinée multiplie les partenariats internationaux, du programme Simandou 2040 aux accords avec la Banque mondiale, pour transformer son modèle économique.
Guinée : la ruée vers l'or de Nimba Mining Company
Landaya Gold, une coentreprise avec l'australien Resolute Mining, marque un tournant stratégique pour le secteur minier guinéen.
Feuille de route
Les acteurs clés
Le contexte guinéen
Selon la Banque mondiale et le FMI
Le défi stratégique
L'objectif : faire de NMC une entreprise minière nationale intégrée et diversifiée
« La stratégie définie par les autorités guinéennes vise à positionner NMC comme une entreprise minière nationale intégrée et diversifiée. »
La Guinée multiplie les partenariats internationaux pour transformer son modèle économique, avec des accords stratégiques à l'horizon 2040.
Une coentreprise pour explorer l'or guinéen
Landaya Gold, installée dans la capitale guinéenne, aura pour mission d'évaluer, d'explorer et, à terme, de développer des zones aurifères à travers le pays. La création de cette entité concrétise le protocole d'accord conclu fin mars entre NMC et Resolute, qui prévoyait une évaluation conjointe de plusieurs zones d'intérêt. Un budget annuel d'exploration de 10 millions de dollars a été annoncé, mais les premiers travaux de terrain et de forage devront déterminer le potentiel réel des zones ciblées. L'enjeu est de taille : transformer cet investissement en découvertes commercialement viables.
Cette offensive sur l'or s'inscrit dans une ambition plus large. « La stratégie définie par les autorités guinéennes vise à positionner NMC comme une entreprise minière nationale intégrée et diversifiée », expliquait en mai son directeur général, Patrice L'Huillier, à l'Agence Ecofin. Lors du Mining On Top Africa (MOTA) à Paris en juillet, il a également évoqué l'intérêt de la compagnie pour le graphite, un minéral critique très demandé pour les batteries. Cette diversification est perçue comme un moyen de renforcer la souveraineté minière du pays et de capter davantage de valeur ajoutée.
Financer la transformation grâce à la bauxite
Pour financer cette mutation, NMC s'appuie sur son activité historique. La compagnie a déjà exporté plus de 5 millions de tonnes de bauxite depuis le début de l'année et vise 10 millions de tonnes en 2026. Le principe est clair : affecter les revenus de la bauxite au développement de nouvelles filières. Cette stratégie s'aligne sur les tendances régionales, où plusieurs pays tentent de diversifier leurs économies minières. Au Mali et au Burkina Faso, l'orpaillage illégal reste un défi majeur, tandis que la Guinée cherche à structurer son secteur aurifère dans un cadre légal et formel.
La diversification de NMC intervient dans un contexte plus large de transformation économique. Le gouvernement guinéen a lancé le Programme Simandou 2040, un vaste plan de développement des infrastructures et des industries connexes au plus grand gisement de fer du monde. Dans ce cadre, la coopération avec la France s'est intensifiée : en mars 2026, Bpifrance a conduit à Conakry une délégation d'une cinquantaine d'entreprises françaises, et le 20 août, une nouvelle délégation d'investisseurs du secteur de la santé, accompagnés par Bpifrance, a été reçue par le Premier ministre Amadou Oury Bah. Ces échanges visent à moderniser les infrastructures sanitaires, un secteur identifié comme prioritaire.
Parallèlement, la Banque mondiale a approuvé en juin un financement de 642 millions USD pour la formation des jeunes en Afrique de l'Ouest et du Centre, et un nouveau Cadre de Partenariat Pays (CPF) pour la Guinée sur la période 2027-2033. Ces initiatives montrent une volonté de diversifier l'économie au-delà des mines, en investissant dans le capital humain et les services. La création de Landaya Gold s'inscrit donc dans une dynamique plus vaste : la Guinée cherche à attirer des investissements étrangers dans des secteurs variés, tout en renforçant le rôle de l'État dans les industries extractives.
Cette stratégie de diversification n'est pas sans précédent dans la région. Le Sénégal, avec le champ de gaz naturel GTA et le pétrole de Sangomar, a entamé une transition énergétique qui pourrait redessiner son économie. La Guinée, elle, mise sur une approche plus intégrée de ses ressources minérales. En juin, le gouvernement a lancé avec Chalco un projet de raffinerie d'alumine d'un milliard de dollars, visant à transformer localement la bauxite. Cette logique de transformation locale est au cœur de la nouvelle politique minière guinéenne, qui cherche à maximiser les retombées économiques pour la population.
Les défis restent nombreux. La mise en œuvre de Landaya Gold dépendra de la capacité des partenaires à identifier des gisements rentables, dans un contexte où les prix de l'or sont volatils. De plus, la diversification de NMC devra s'accompagner d'une gouvernance transparente et de mesures pour atténuer les impacts environnementaux et sociaux. L'exploitation de la bauxite a déjà suscité des critiques sur les conditions de vie des communautés locales, et l'extension à l'or devra tirer les leçons de ces expériences.
La création de Landaya Gold illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : les États cherchent à diversifier leurs économies et à s'insérer dans les chaînes de valeur mondiales. La Guinée, avec ses ressources en fer, bauxite, or et graphite, dispose d'un potentiel considérable, mais sa capacité à transformer ces atouts en développement durable reste à prouver. Alors que la région fait face à des défis sécuritaires et à la volatilité des marchés, la réussite de cette diversification pourrait servir de modèle, ou au contraire de mise en garde, pour ses voisins.