Le 13 août 2026, Nimba Mining Company (NMC), le champion minier public guinéen, a signé les statuts de Landaya Gold, une coentreprise avec l'australien Resolute Mining pour explorer l'or en Guinée. Cette diversification, appuyée sur les revenus de la bauxite, intervient alors que le Mali restaure progressivement sa production aurifère à Loulo-Gounkoto après un long conflit avec Barrick. Deux mouvements qui révèlent une même ambition : renforcer la souveraineté minière des États ouest-africains.

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Une stratégie de diversification assumée

Créée il y a un an pour reprendre une concession de bauxite, Nimba Mining Company affiche désormais des ambitions bien plus larges. Avec la création de Landaya Gold, détenue à parts égales avec Resolute Mining, la compagnie publique guinéenne concrétise un protocole d'accord signé en mars 2026. L'objectif : évaluer et développer des zones aurifères en Guinée, avec un budget annuel d'exploration de 10 millions de dollars. Mais l'or n'est qu'une étape. Le directeur général de NMC, Patrice L'Huillier, a évoqué en mai les métaux de base, puis le graphite lors du Mining On Top Africa à Paris en juillet. Une trajectoire qui confirme la volonté des autorités de faire de NMC un groupe minier intégré et diversifié.

Cette stratégie repose sur les revenus de la bauxite. NMC a déjà exporté plus de 5 millions de tonnes en 2026 et vise 10 millions de tonnes d'ici la fin de l'année. Les profits de ces opérations doivent financer l'expansion du groupe. En élargissant son périmètre, la Guinée cherche à capter davantage de valeur ajoutée de ses ressources, plutôt que de se limiter à l'extraction brute. Cette logique s'inscrit dans un mouvement plus large de souveraineté minière qui traverse l'Afrique de l'Ouest, où les États renégocient les contrats et créent des champions nationaux.

Le Mali, un autre front de la souveraineté

À quelques centaines de kilomètres, le Mali offre un contrepoint éclairant. Le complexe aurifère de Loulo-Gounkoto, opéré par Barrick, a progressivement restauré sa production après un arrêt prolongé. La production attribuable de Barrick a atteint 152 000 onces au premier semestre 2026, avec une nette accélération au deuxième trimestre (88 000 onces contre 64 000 au premier). Le complexe avait cessé ses opérations en janvier 2025 à cause d'un différend sur le nouveau code minier malien. L'accord de novembre 2025 a permis à Barrick de reprendre le contrôle opérationnel en décembre, mais la production reste bien en deçà des 723 000 onces de 2024.

Ce redressement, bien que partiel, illustre la complexité des relations entre États et compagnies minières. Le Mali a obtenu une renégociation de ses conditions, mais au prix d'une interruption coûteuse. La Guinée, avec NMC, semble chercher une voie différente : plutôt que de nationaliser ou de bloquer, elle construit des partenariats où l'État garde un rôle central. La coentreprise avec Resolute en est l'illustration, avec une participation publique de 50 %.

Des dynamiques régionales contrastées

Ces évolutions s'inscrivent dans un contexte régional marqué par d'autres défis. Au Burkina Faso et au Mali, l'orpaillage illégal alimente des économies parallèles et des tensions sécuritaires, compliquant la gouvernance des ressources. La Guinée, riche en bauxite, doit aussi gérer les impacts de l'exploitation intensive, tandis que le Sénégal et la Mauritanie développent leurs hydrocarbures, avec le gaz naturel GTA et le pétrole de Sangomar, qui redessinent les équilibres énergétiques régionaux.

La diversification de NMC vers l'or pourrait également répondre à une logique de résilience. Les cours de l'or restent soutenus, offrant des revenus plus stables que la bauxite, soumise aux aléas du marché chinois. En multipliant les actifs, la Guinée se prémunit contre les chocs sectoriels et renforce sa capacité de négociation face aux investisseurs étrangers.

Un test pour le modèle de développement

Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits. La création de Landaya Gold n'en est qu'à ses débuts, et les premiers travaux d'exploration devront confirmer le potentiel des zones ciblées. La réussite de NMC dépendra de sa capacité à attirer des partenaires techniques et financiers, tout en maintenant une gouvernance transparente. L'expérience malienne montre que les tensions peuvent surgir rapidement, malgré des accords initiaux.

Pour l'Afrique de l'Ouest, ces initiatives marquent un tournant : les États ne se contentent plus de percevoir des royalties, ils cherchent à participer activement à la chaîne de valeur minière. Cette évolution, portée par la hausse des cours des matières premières et une conscience accrue de la souveraineté, redéfinit les termes du jeu avec les multinationales.

Alors que la Guinée et le Mali tracent des chemins différents vers la souveraineté minière, la région observe une transformation profonde de ses rapports de force. La capacité des États à gérer ces transitions déterminera non seulement leurs revenus, mais aussi leur stabilité politique et sociale. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si ces modèles parviennent à concilier intérêts nationaux et attractivité pour les investisseurs.