Les 2 et 3 septembre 2026, Abidjan a accueilli la 7e édition du Salon du GPL d’Afrique de l’Ouest, réunissant acteurs publics et privés autour du développement du gaz de pétrole liquéfié. L’accent mis sur la sécurité des bouteilles domestiques, porté par des entreprises comme Corlay Côte d’Ivoire, révèle un secteur en pleine mutation. Alors que la région s’apprête à devenir un acteur majeur du gaz grâce aux projets GTA et Sangomar, la question de la distribution et de la confiance des consommateurs devient stratégique.

Infographie — Énergie · Transition

La 7e édition du Salon du GPL d’Afrique de l’Ouest, tenue à Abidjan, a offert un observatoire privilégié des dynamiques qui traversent le secteur énergétique régional. Au-delà des présentations commerciales, l’événement a cristallisé les préoccupations d’une filière en pleine expansion, tiraillée entre ambitions industrielles et réalités sociales. La participation de Corlay Côte d’Ivoire, filiale d’un groupe présent sur plusieurs maillons de la chaîne de valeur, illustre l’émergence d’acteurs privés qui entendent peser sur les orientations du marché.

Le choix de placer la sécurité des bouteilles de gaz domestiques au cœur des discussions n’est pas anodin. Il traduit une prise de conscience collective : l’essor du GPL comme alternative au charbon de bois et au bois-énergie ne pourra se faire sans un travail approfondi sur les normes, les contrôles et la sensibilisation des consommateurs. Les accidents domestiques liés à des équipements non conformes ou à une manipulation inappropriée constituent en effet un frein majeur à l’adoption de cette énergie. En abordant ce sujet, Corlay et les autres participants reconnaissent que la crédibilité du secteur se joue autant dans les cuisines que dans les unités de production.

Cette préoccupation intervient dans un contexte régional marqué par une accélération sans précédent des projets gaziers et pétroliers. Le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé entre le Sénégal et la Mauritanie, a entamé sa production en 2025, tandis que le Sénégal a lancé l’exploitation de son champ pétrolier Sangomar. Ces développements, longtemps attendus, modifient la donne énergétique ouest-africaine et nourrissent les espoirs de transformation économique. L’économie sénégalaise, en particulier, suit de près l’actualité du 4 septembre 2026, alors que les premiers revenus commencent à affluer et que les débats sur leur utilisation se multiplient.

Dans ce contexte, le GPL apparaît comme un maillon essentiel de la stratégie de souveraineté énergétique régionale. En permettant de valoriser les ressources locales, notamment le gaz associé ou les gisements plus modestes, il offre une réponse aux défis de l’accès à l’énergie et de la cuisson propre. Les discussions d’Abidjan ont ainsi mis en évidence la nécessité de développer des infrastructures de stockage et de distribution adaptées, tout en favorisant l’émergence de champions nationaux capables de structurer le marché. Le rôle des États, à travers les ministères en charge des mines et de l’énergie, demeure central pour établir un cadre réglementaire stable et incitatif.

Un secteur sous tension géopolitique

Le développement du GPL et des hydrocarbures en Afrique de l’Ouest ne se déroule pas en vase clos. Il s’inscrit dans un jeu géopolitique complexe, où se croisent intérêts des compagnies internationales, rivalités régionales et préoccupations environnementales. Le Kenya, en Afrique de l’Est, adopte une politique protectionniste pour renforcer ses opérateurs locaux, un exemple qui n’est pas sans écho dans la sous-région. Parallèlement, l’orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali continue de drainer des ressources financières considérables, souvent au détriment de l’économie formelle et de la stabilité politique. Ces phénomènes rappellent que la gouvernance des ressources extractives demeure un défi majeur pour l’ensemble du continent.

À l’heure où la Côte d’Ivoire s’affirme comme un hub énergétique régional, la question de la sécurité des bouteilles de GPL devient un indicateur de la maturité du secteur. Les autorités ivoiriennes, sous la conduite du ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly, semblent vouloir faire de ce salon un rendez-vous incontournable pour poser les jalons d’une industrie durable. L’implication de Corlay et d’autres acteurs privés dans ces réflexions témoigne d’une volonté de co-construire les solutions avec les pouvoirs publics.

Vers une harmonisation régionale ?

Les échanges d’Abidjan ont également soulevé la question de l’harmonisation des normes au niveau de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les disparités réglementaires entre les pays constituent en effet un obstacle à la circulation des équipements et à l’émergence d’un marché commun du GPL. Alors que le Togo a récemment rejoint le club des économies intermédiaires, la sous-région semble prête à franchir un nouveau palier dans son intégration énergétique. Mais cette ambition devra composer avec des réalités politiques et économiques hétérogènes, où chaque État cherche à tirer le meilleur parti de ses ressources.

Le salon du GPL d’Abidjan n’est qu’un maillon d’une chaîne de transformations plus vastes qui redessinent la carte énergétique ouest-africaine. Entre l’émergence de nouveaux producteurs d’hydrocarbures, la persistance de l’économie informelle et les impératifs de transition énergétique, la région cherche encore son modèle. La sécurité des bouteilles de gaz, en apparence anecdotique, cristallise en réalité les défis de gouvernance, de confiance et de durabilité auxquels devront répondre les acteurs du secteur dans les années à venir.

Vérification : La production de GTA a démarré en 2024, pas en 2025. · Le Togo n'a pas récemment rejoint le club des économies intermédiaires ; il est classé parmi les pays les moins avancés (PMA).