Gabon Power Company (GPC), qui porte six projets structurants de production d'électricité – dont quatre hydroélectriques et deux centrales thermiques à gaz –, a répondu à l’appel à manifestation d’intérêt de l’Unité de Gestion des Réformes des Institutions Financières de la CEMAC (UGRIF). Cette démarche vise à bénéficier d’un accompagnement pour une introduction en Bourse sur la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC). Elle traduit une volonté de diversifier les sources de financement des grands projets énergétiques hors du cadre traditionnel de la dette souveraine, dans un contexte où les États de la sous-région cherchent à renforcer leur souveraineté énergétique.

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Un portefeuille ambitieux en quête de capitaux non souverains

GPC planifie la construction de 682,5 MW de capacité électrique, dont 532 MW hydrauliques (Kinguélé Aval, Booué, Ngoulmendjim, Dibwangui) et 133,5 MW thermiques à gaz (IPP Mayumba et Owendo), auxquels s’ajoute une usine d’eau potable de 140 000 m3 par jour. Pour ces projets estimés à plusieurs centaines de millions de dollars, la société explore des financements non souverains, afin de ne pas peser sur la dette publique gabonaise déjà sous tension.

L’initiative UGRIF : amorcer un marché des capitaux régional

L’UGRIF, cofinancée par la BEAC, la BVMAC, la COSUMAF et la Banque africaine de développement, a pour objectif de réduire les coûts d’introduction en Bourse et d’élargir le nombre de sociétés cotées. En sélectionnant GPC comme bénéficiaire potentiel, elle favorise l’émergence d’un cercle vertueux : les projets d’infrastructure accèdent à des ressources longues, tandis que le marché financier régional gagne en profondeur et en liquidité.

Pourquoi maintenant ? Un contexte de contraintes budgétaires

Depuis mai 2026, plusieurs signaux économiques incitent à la prudence budgétaire en Afrique de l’Ouest et centrale. Dans l’UEMOA, l’inflation est remontée à 0,1 % en mars après une déflation en janvier, tandis que le Sénégal doit faire face à un service de la dette élevé sur les mois de juin et juillet. Parallèlement, la chute des cours des matières premières pèse sur les recettes des États miniers. Le Gabon lui-même, fortement dépendant du pétrole et du manganèse, voit ses marges de manœuvre se réduire. Le financement par actions via la BVMAC apparaît dès lors comme une alternative crédible aux emprunts souverains ou aux prêts concessionnels.

Une tendance qui dépasse les frontières du Gabon

La démarche de GPC s’inscrit dans une dynamique observée dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Au Ghana, la Bourse d’Accra a vu récemment l’introduction d’une compagnie d’électricité ; en Côte d’Ivoire, la BRVM envisage des produits dédiés aux infrastructures. L’initiative de la CEMAC pourrait servir de modèle pour l’UEMOA, où des sociétés comme la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) ou la Côte d’Ivoire Énergie pourraient à terme recourir au marché pour financer leurs investissements.

Enjeux géopolitiques : souveraineté et dépendance

En mobilisant des capitaux locaux via la BVMAC, le Gabon réduit sa dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds traditionnels (Banque mondiale, FMI, partenaires bilatéraux) et des investisseurs étrangers aux exigences souvent contraignantes. Cette quête de souveraineté énergétique est d’autant plus cruciale que la demande intérieure d’électricité croît rapidement, poussée par la démographie et l’industrialisation.

Des risques à ne pas négliger

Le succès de cette stratégie suppose une liquidité suffisante sur la BVMAC, un cadre réglementaire robuste et une gouvernance d’entreprise irréprochable. La faible capitalisation boursière de la place et la rareté des investisseurs institutionnels locaux constituent des obstacles. Par ailleurs, la volatilité des cours des actions pourrait compromettre la stabilité des financements à long terme.

Une révolution silencieuse des infrastructures

Au-delà du seul cas gabonais, le recours aux marchés financiers régionaux pour financer l’énergie et l’eau dessine une nouvelle ère pour les infrastructures africaines. Elle reflète une maturité croissante des institutions financières locales et une prise de conscience que la souveraineté passe aussi par la maîtrise des outils de financement.

Alors que l’Afrique de l’Ouest et centrale cherchent à accélérer l’accès à l’électricité tout en maîtrisant leur endettement, le vecteur boursier offre une piste prometteuse. Reste à lever les obstacles de liquidité et de gouvernance pour que ces initiatives deviennent la norme plutôt que l’exception.