Alors que le Cameroun prévoit de porter ses subventions à l’énergie à 340 milliards de FCFA en 2027, à rebours des recommandations du FMI, le Congo voit près d’une entreprise sur deux dans le tertiaire se déclarer entravée par les coupures d’électricité. Ces deux situations, révélées en ce début juillet 2026, illustrent un triple fardeau qui pèse sur les finances publiques, la production et la compétitivité régionale.
⚡ Triple fardeau : subventions, dettes, coupures
Cameroun et Congo illustrent un paradoxe régional : soutenir le pouvoir d’achat creuse les déficits, tandis que les coupures freinent l’activité.
Réforme des prix administrés
Ciblage des aides · Moins de subventions
Hausse des subventions
Préserver le pouvoir d’achat
Inscrit dans le Document de programmation 2027‑2029
Entreprises du tertiaire entravées par les coupures
Impact négatif sur la production
Près d’une entreprise sur deux freinée dans son activité
Subventions massives exposent aux chocs pétroliers et réduisent la marge budgétaire.
Coupures chroniques freinent l’activité : 48 % des entreprises du tertiaire impactées.
Déficit d’investissement et endettement pèsent sur l’attractivité de la zone CEMAC.
+30 milliards FCFA · Objectif 2027‑2029
Subventions énergétiques : le Cameroun fait le choix inverse du FMI
Le Cameroun s’apprête à augmenter de 30 milliards de FCFA l’enveloppe dédiée aux subventions de l’énergie (carburants et électricité) en 2027, la portant à 340 milliards. Cette décision, inscrite dans le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, intervient alors que le FMI, lors de ses consultations au titre de l’Article IV conclues en mars 2026, recommandait instamment une réforme des prix administrés et un ciblage des aides. Le gouvernement camerounais justifie cette hausse par la nécessité de préserver le pouvoir d’achat des ménages et d’éviter des tensions sociales, mais elle expose les finances publiques aux fluctuations des cours internationaux du pétrole et grève les marges de manœuvre budgétaires.
Un choix qui fait écho aux difficultés voisines
Cette orientation contraste avec les efforts de consolidation observés ailleurs dans la zone CEMAC et UEMOA. Au Sénégal voisin, la dette publique atteint 132 % du PIB, et le FMI presse Dakar de réduire ses subventions. Au Togo, la part des centrales thermiques dans le mix électrique reste prépondérante, malgré les investissements dans les renouvelables, ce qui alourdit la facture énergétique. La décision camerounaise suggère que la réforme des subventions, bien que théoriquement souhaitable, se heurte à des réalités politiques et sociales qui en diffèrent l’application.
Congo : l’électricité, première contrainte des entreprises
Dans le même temps, la République du Congo offre un cas d’école des conséquences d’un système électrique défaillant. Au premier trimestre 2026, l’insuffisance d’électricité est devenue la première contrainte déclarée par les entreprises du secteur tertiaire, citée par 54,6 % des répondants, devant la concurrence et la lourdeur administrative. La production d’électricité a reculé de 3,9 % sur un an, principalement à cause d’une baisse de l’hydroélectricité de 48,4 GWh, partiellement compensée par une hausse de la production au gaz. Cette substitution révèle une dépendance aux conditions hydrologiques, mais aussi un coût plus élevé et moins compétitif.
Des pertes techniques qui doublent la facture
Au Congo, les pertes de transport et de distribution atteignent 46 % de la production totale, contre 48 % un an plus tôt. Bien qu’en légère amélioration, ce niveau reste structurellement très élevé et constitue un gaspillage économique massif. Les ventes d’électricité ont reculé de 3,9 %, passant de 489 à 470 GWh sur la période. Ce chiffre illustre la double peine : l’offre peine à suivre la demande, et une partie de l’énergie produite est perdue avant d’atteindre les consommateurs. La production d’eau potable suit la même tendance baissière, avec une chute des ventes de 21 %.
Un triple fardeau partagé
Ces deux cas, camerounais et congolais, dessinent un triple fardeau qui n’est pas propre à l’Afrique centrale mais trouve des échos en Afrique de l’Ouest. Le premier est budgétaire : les subventions énergétiques absorbent des ressources qui pourraient être investies dans les infrastructures ou les filets sociaux. Le deuxième est physique : les réseaux électriques vieillissants et mal entretenus génèrent des pertes qui renchérissent le coût du service. Le troisième est économique : les coupures freinent l’activité des entreprises, réduisent la productivité et découragent les investissements.
Une tendance régionale inquiétante
Les données récentes confirment que la question énergétique reste un maillon faible du développement régional. Au Nigeria, la NERC a annoncé que le Togo et deux autres pays doivent 12,66 millions de dollars pour des livraisons d’électricité, signe de difficultés de paiement et de tensions sur les réseaux interconnectés. Au Sénégal, le poids de la dette limite la capacité à investir dans de nouvelles capacités. Le Cameroun et le Congo, bien qu’appartenant à des zones monétaires différentes, montrent que l’arbitrage entre soutenabilité budgétaire et accès à l’énergie n’est pas près d’être résolu.
Le choix camerounais de maintenir des subventions élevées et la dégradation du service au Congo posent une question plus large : comment concilier la nécessité de réformes structurelles avec l’impératif social de ne pas pénaliser les populations les plus vulnérables ? La réponse est encore à construire, mais elle passera probablement par des mécanismes de ciblage, une amélioration des performances des réseaux et une diversification du mix énergétique. En attendant, les entreprises et les ménages paient le prix de l’indécision.