Le 26 juin 2026, la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO a accordé un prêt de 268 millions de dollars à l’État nigérian de Taraba pour financer, entre autres, une centrale solaire de 50 MW. Presque au même moment, au Burkina Faso, la Société de Participation Minière du Burkina (SOPAMIB) annonçait la reprise de la production des mines d’or Wahgnion et Boungou, acquises en 2024, mais sans fournir de données détaillées sur leur performance. Ces deux actualités, apparemment sans lien, dessinent pourtant les contours d’une même réalité : l’Afrique de l’Ouest cherche à diversifier ses sources d’énergie et à mieux contrôler ses ressources minières, mais les chemins empruntés diffèrent radicalement, entre transparence et opacité.

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Un projet intégré pour sortir du tout-pétrole au Nigeria

Le financement accordé à l’État de Taraba par la BIDC illustre une approche holistique du développement. Sur les 268 millions de dollars, 91,23 millions sont destinés à un parc industriel intégré, 79,21 millions à l’aménagement de 10 000 hectares de rizières irriguées avec unités de transformation, et 98,19 millions à la construction d’une centrale solaire photovoltaïque de 50 MW à Jalingo. Ce montage vise à créer un écosystème où l’énergie solaire alimente à la fois l’industrie et l’agriculture, tout en réduisant la dépendance du Nigeria aux importations de riz – un défi persistant puisque la production locale ne couvre que deux tiers de la consommation nationale. Le choix d’investir dans le solaire plutôt que dans le gaz, pourtant abondant dans le pays, signale une volonté de préparer l’après-pétrole, même si le Nigeria reste le premier producteur de brut en Afrique.

La reprise des mines d’or au Burkina Faso : un test de transparence

De l’autre côté de la sous-région, le Burkina Faso poursuit la nationalisation de fait de son secteur aurifère. Après avoir acquis les mines Wahgnion et Boungou en 2024 dans le cadre d’un accord avec Endeavour Mining, l’État, via SOPAMIB, a réussi à relancer la production. Boungou a coulé son premier lingot en juillet 2025, et Wahgnion devrait produire environ 92 000 onces en 2026. Cependant, les informations diffusées restent parcimonieuses. Lors d’une réunion publique le 22 juin 2026, SOPAMIB a mis en avant la création d’emplois – plus de 1 000 directs et 900 indirects – et les achats locaux pour 97,3 milliards de francs CFA, mais aucun chiffre sur les coûts opérationnels, les investissements réalisés ou les volumes précis de production n’a été communiqué. Cette opacité contraste avec les standards de transparence promus par l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), dont le Burkina est membre. Le rapport 2024 du comité local de l’ITIE, qui s’interrogeait déjà sur la gouvernance des nouvelles entités, n’a pas reçu de réponse claire.

Deux modèles de transition en tension

Ces deux cas illustrent des stratégies divergentes pour répondre aux défis de la transition énergétique et de la valorisation des ressources. Au Nigeria, le recours à un financement multilatéral et à des projets structurants ouvre la voie à une diversification économique potentiellement durable, même si le pays reste confronté à des obstacles structurels – insécurité, déficit d’infrastructures, instabilité politique locale. Au Burkina, la reprise en main des mines d’or vise à maximiser les retombées locales, mais l’absence de transparence interroge sur la capacité de l’État à gérer efficacement ces actifs et à éviter les dérives clientélistes. Dans les deux pays, la question de la dépendance aux ressources – pétrole pour l’un, or pour l’autre – demeure centrale. Les récentes annonces sur des découvertes de lithium au Mali ou les discussions sur l’uranium au Niger rappellent que la région est en pleine recomposition de son modèle extractif, entre souveraineté et attractivité pour les investisseurs.

La signature du prêt de la BIDC et les déclarations de SOPAMIB interviennent dans un contexte où les institutions sous-régionales tentent de promouvoir une intégration énergétique et industrielle. La centrale solaire de Jalingo, bien que modeste, pourrait servir de modèle pour d’autres États de la CEDEAO cherchant à réduire leur empreinte carbone tout en stimulant l’emploi. De son côté, la gestion opaque des mines burkinabè soulève des inquiétudes chez les partenaires techniques et financiers, qui pourraient conditionner leur soutien à davantage de redevabilité. À terme, la crédibilité des politiques de transition ouest-africaine dépendra de leur capacité à conjuguer souveraineté et bonne gouvernance, deux objectifs qui, pour l’instant, semblent peiner à s’articuler.

Alors que l’Afrique de l’Ouest tente de s’affranchir de sa dépendance aux importations énergétiques et de mieux capter la valeur de ses ressources minières, les exemples du Nigeria et du Burkina Faso montrent que la transition ne se résume pas à un choix technologique ou sectoriel. Elle engage des choix de gouvernance, de financement et de transparence qui en détermineront la viabilité à long terme. Reste à savoir si ces deux trajectoires – l’une intégrée et ouverte, l’autre souveraine et opaque – parviendront à converger vers un modèle régional cohérent.