Le Maroc franchit une étape décisive dans sa transition énergétique avec la signature, début août, des contrats d'achat d'électricité pour sa première usine de valorisation énergétique des déchets à Casablanca. Ce projet de 126 MW, porté par un consortium international, illustre une tendance régionale où la question des déchets devient un enjeu de souveraineté énergétique. Pour l'Afrique de l'Ouest, confrontée à une production d'or en plein essor mais aussi à des crises énergétiques récurrentes, ce modèle interroge sur les alternatives aux hydrocarbures et à l'orpaillage illégal.
Un modèle pour la souveraineté énergétique ouest-africaine ?
Casablanca lance sa première usine de valorisation des déchets en électricité. Un levier stratégique pour l'Afrique de l'Ouest.
traitées / an
contrats d'achat
Face aux crises énergétiques récurrentes et à la montée de l'orpaillage illégal, la valorisation des déchets devient un levier stratégique. Le modèle marocain inspire une alternative aux hydrocarbures, en transformant un problème urbain en ressource électrique locale.
Le 4 août 2026, le consortium formé par le suisse Kanadevia Inova, le marocain Nareva et le japonais Itochu a officialisé la signature des contrats d'achat d'électricité avec la SRM Casablanca-Settat et l'ONEE. Ce contrat marque le lancement concret de ce qui sera la première infrastructure intégrée de valorisation énergétique des déchets au Maroc. Avec une capacité installée de 126 MW et un traitement annuel de 1,5 million de tonnes de déchets, l'usine fournira une électricité de base, venant compléter un mix énergétique marocain déjà dominé par le solaire et l'éolien. Ce projet, d'un montant estimé à plusieurs centaines de millions d'euros, s'inscrit dans une stratégie nationale visant à réduire la dépendance aux énergies fossiles et à diversifier les sources de production.
Au-delà du cas marocain, ce projet illustre une dynamique plus large dans la région : la valorisation énergétique des déchets devient un levier de souveraineté énergétique. En Afrique de l'Ouest, où la production d'électricité reste largement tributaire du gaz naturel et du pétrole importés, la dépendance aux combustibles fossiles pèse lourdement sur les finances publiques. La flambée des coûts d'importation des carburants, comme l'a récemment souligné un article sur le Cameroun, expose les économies régionales à des chocs exogènes. Le modèle marocain, qui transforme un problème environnemental en ressource énergétique, offre une piste de réflexion pour les pays ouest-africains, notamment ceux qui peinent à sécuriser leur approvisionnement électrique.
Parallèlement, la région ouest-africaine connaît des développements majeurs dans le secteur extractif. Le Sénégal a lancé la production du champ pétrolier de Sangomar, tandis que le gaz naturel du projet GTA (Grand Tortue Ahmeyim), partagé avec la Mauritanie, commence à alimenter les marchés régionaux. Ces projets promettent des revenus substantiels, mais ils posent aussi la question de la gestion durable de ces ressources et de leur contribution à la souveraineté énergétique locale. Le contraste est saisissant avec l'orpaillage illégal qui sévit au Burkina Faso et au Mali, où des éboulements meurtriers, comme celui survenu à Saraya au Sénégal, révèlent les coûts humains et environnementaux d'une exploitation minière non contrôlée. Cette production informelle échappe aux circuits officiels et prive les États de revenus, tout en alimentant des tensions sociales.
Dans ce contexte, le projet de Casablanca apparaît comme un exemple de formalisation et de valorisation des ressources, appliqué aux déchets. Il montre comment une infrastructure moderne peut générer de l'électricité tout en répondant à des enjeux sanitaires et environnementaux. Pour l'Afrique de l'Ouest, l'adoption de tels modèles pourrait contribuer à réduire la pression sur les écosystèmes et à diversifier les sources de revenus. Cependant, les défis sont nombreux : le financement, le transfert de technologies et la gouvernance des partenariats public-privé.
Un signal pour les investisseurs internationaux
Le choix de Nareva, acteur majeur de l'énergie au Maroc, et d'Itochu, conglomérat japonais, témoigne de l'attractivité du secteur énergétique marocain. Ce projet pourrait inspirer des initiatives similaires dans d'autres pays de la région, mais il nécessite des cadres réglementaires stables et des mécanismes de financement adaptés. L'Afrique de l'Ouest, qui dispose d'un potentiel considérable en matière de biomasse et de déchets, pourrait tirer parti de l'expérience marocaine pour développer ses propres infrastructures.
Une perspective régionale contrastée
Alors que le Maroc avance sur la voie de la valorisation énergétique, les pays ouest-africains sont à un tournant. La mise en production de Sangomar et du GTA ouvre des perspectives de croissance, mais la gestion des revenus pétroliers et gaziers devra être exemplaire pour éviter les écueils de la malédiction des ressources. Parallèlement, l'explosion de l'orpaillage illégal, avec ses conséquences dramatiques, appelle à une réflexion sur la formalisation du secteur minier. Le projet de Casablanca rappelle que la souveraineté énergétique ne se décrète pas : elle se construit à travers des investissements structurants et une vision de long terme.
Enfin, ce projet soulève une question plus large : la valorisation énergétique des déchets pourrait-elle devenir un pilier de la coopération régionale ? L'Afrique de l'Ouest, confrontée à une urbanisation rapide et à une production de déchets croissante, pourrait mutualiser ses efforts pour développer des infrastructures de ce type. Mais cela suppose une volonté politique et des partenariats solides, à l'image de ce que le Maroc a su bâtir.
Le projet de Casablanca n'est pas un simple fait divers industriel ; il s'inscrit dans une tendance lourde de transformation des modèles énergétiques en Afrique. Alors que les pays ouest-africains cherchent à concilier développement économique, sécurité énergétique et durabilité environnementale, l'exemple marocain offre une référence. Toutefois, les réalités locales, les capacités institutionnelles et les priorités politiques diffèrent. La question reste ouverte : comment adapter ces modèles aux spécificités ouest-africaines, où les enjeux de gouvernance et de financement sont souvent plus complexes ?