Le 23 juin, la Côte d’Ivoire a officialisé une nouvelle découverte d’hydrocarbures sur le bloc CI-709, grâce au forage du puits Bubale-1X par Murphy Oil et Petroci. Cette annonce intervient alors que le pays vise 150 000 barils par jour d’ici 2027 et s’affirme comme un acteur montant de l’offshore ouest-africain. Elle pose la question de la transformation de cette manne en souveraineté énergétique régionale, dans un contexte de déficit d’infrastructures chronique et de pressions inflationnistes.

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Un pas de plus vers l’objectif 2035

La découverte de pétrole léger de haute qualité par Murphy Oil sur le bloc CI-709 confirme le potentiel du bassin sédimentaire ivoirien. Avec 30 mètres de colonne nette d’huile répartis sur deux réservoirs, les réserves restent à évaluer, mais le gouvernement y voit une étape supplémentaire vers son ambition de devenir l’un des principaux producteurs africains d’ici 2035. Ce projet s’inscrit dans la continuité des découvertes d’Eni (Baleine, Calao) qui portent déjà la production à 60 000 barils par jour.

Un timing stratégique dans une région en recomposition

L’annonce intervient quelques semaines après que S&P Global Ratings a relevé la note souveraine du Nigeria à « B », perspective stable, signe d’une amélioration de la crédibilité financière régionale. Parallèlement, l’inflation en Afrique de l’Ouest a atteint 15,7 % en avril, et le sommet Africa Forward a réuni les présidents Tinubu et Mahama pour discuter des financements. Dans ce contexte, la Côte d’Ivoire mise sur l’accélération de sa production pétrolière pour attirer les investissements étrangers et consolider sa position de hub énergétique régional.

Les enjeux de la transformation locale

Si la découverte renforce la base de ressources du pays, la question du partage de la valeur ajoutée reste centrale. Le partenariat avec Murphy Oil, compagnie américaine, et Petroci Holding illustre le modèle de coentreprise dominant. Mais pour que la souveraineté énergétique ne soit pas qu’un slogan, Abou Dhabi devra accompagner l’essor de l’amont pétrolier d’un développement en aval : raffinerie, pétrochimie, et surtout diversification des recettes pour éviter la malédiction des ressources. Le déficit d’infrastructures de 118 milliards de dollars en Afrique de l’Ouest rappelle que la manne pétrolière ne se traduit pas automatiquement en développement.

Quelle place pour la Côte d’Ivoire dans le jeu régional ?

Avec le Nigeria comme géant historique (production de plus d’un million de b/j), la Côte d’Ivoire s’affirme comme un challenger crédible. Sa stabilité politique relative et sa capacité à attirer des majors comme Eni et Murphy Oil constituent des atouts. Mais la concurrence avec le Ghana (production de pétrole et gaz) et les pays du Sahel en transition énergétique complexifie le paysage. La découverte du bloc CI-709 pourrait également raviver les discussions sur une coordination régionale de l’offre et de la demande d’hydrocarbures à l’heure de la transition énergétique mondiale.

Au-delà de la satisfaction immédiate, cette découverte pose la question de la place des hydrocarbures dans une stratégie de développement durable à long terme. Alors que les appels à la diversification économique se multiplient, la Côte d’Ivoire et ses voisins devront arbitrer entre l’exploitation de cette rente et la nécessaire préparation de l’après-pétrole. La souveraineté énergétique régionale ne se jouera pas seulement dans les bassins sédimentaires, mais aussi dans la capacité à transformer les ressources en leviers de résilience et de croissance inclusive.