Montage Gold vient d'engager 13,5 millions de dollars (7,5 milliards FCFA) dans un programme de forage sur son projet aurifère de Didiévi, dans le centre de la Côte d'Ivoire, alors que la construction de sa mine Koné touche à sa fin. Cet investissement intervient dans un contexte de regain d'intérêt pour l'or en Afrique de l'Ouest, où plusieurs pays cherchent à formaliser un secteur longtemps informel et à diversifier leurs sources de revenus. L'initiative pose la question de la capacité des États à capter une part équitable de la valeur créée par l'exploitation minière.

Infographie — Or · Production

Une accélération de l'exploration à Didiévi

Le programme de 60 000 mètres de forages supplémentaires, qui devrait être achevé d'ici fin 2026, vise à accroître les ressources déjà identifiées sur le site, estimées à 989 000 onces d'or (31 tonnes) avec une teneur moyenne de 2,5 g/t. Ces ressources, publiées en juin 2025, ne constituent qu'une photographie provisoire. Depuis, Montage Gold a réalisé 40 000 mètres de forage, principalement sur le gisement de Blaffo Guetto, prolongeant la zone minéralisée sur plus de 1,3 kilomètre et découvrant de l'or en profondeur. L'objectif est de faire passer une partie des ressources de la catégorie présumée à indiquée, condition préalable à une décision de développement minier.

Si les résultats confirment le potentiel, Didiévi pourrait devenir le deuxième grand projet du groupe en Côte d'Ivoire, après la mine Koné, dont la première coulée d'or est attendue avant fin 2026. Koné est présentée comme la plus grande mine d'or du pays, un titre qui renforcerait la position de la Côte d'Ivoire comme producteur majeur en Afrique de l'Ouest, derrière le Ghana.

Une tendance régionale de formalisation du secteur aurifère

L'accélération des investissements de Montage Gold s'inscrit dans une dynamique plus large observée depuis plusieurs mois. En mai 2026, la BRVM (Bourse régionale des valeurs mobilières) affichait une hausse de près de 2 % sur une semaine, portée notamment par les valeurs minières. Parallèlement, le Cameroun tentait de transformer son secteur aurifère informel en une source majeure de revenus publics, un défi que partagent la plupart des pays de la région. La Côte d'Ivoire, premier producteur d'or en Afrique de l'Ouest francophone après le Ghana, cherche à consolider cette position tout en augmentant la part des recettes fiscales issues du secteur minier, qui représentait environ 70 milliards FCFA en 2025 selon les chiffres officiels.

L'arrivée de nouveaux projets comme Koné et l'extension de Didiévi devraient accroître ces recettes, mais aussi poser des questions sur la transparence des contrats et la redistribution des bénéfices aux communautés locales. Le gouvernement ivoirien, qui détient une participation de 10 % dans les projets miniers, a multiplié les mesures pour renforcer le contrôle du secteur, notamment via la création d'une société d'État dédiée et la révision du code minier en 2024.

Enjeux géopolitiques et financiers

L'investissement de Montage Gold intervient dans un contexte où les investisseurs canadiens, déjà très présents dans l'or ouest-africain (notamment au Burkina Faso et au Mali), intensifient leur présence en Côte d'Ivoire, perçue comme une juridiction plus stable. Par ailleurs, l'amélioration de la notation souveraine du Nigeria par S&P en mai 2026 (de B- à B, perspectives stables) pourrait influencer la perception du risque régional, même si la Côte d'Ivoire bénéficie déjà d'une notation Ba3 chez Moody's.

La montée en puissance du secteur aurifère ivoirien s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique, visant à réduire la dépendance au cacao (premier produit d'exportation) et aux hydrocarbures. Alors que la production pétrolière peine à augmenter faute de nouveaux gisements majeurs, l'or pourrait représenter un relais de croissance non négligeable pour les finances publiques, d'autant que les cours restent soutenus par la demande des banques centrales et les tensions géopolitiques.

L'investissement de Montage Gold à Didiévi illustre la confiance des opérateurs miniers dans le potentiel aurifère de la Côte d'Ivoire, mais il soulève également des interrogations sur la capacité du pays à transformer cette abondance en développement durable. Alors que plusieurs États de la région, du Cameroun au Mali, tentent de reprendre le contrôle de leur secteur aurifère souvent dominé par l'informel, la Côte d'Ivoire semble miser sur une stratégie de partenariat avec des majors étrangères pour accélérer la mise en production. Reste à savoir si cette approche permettra de concilier les intérêts des investisseurs, les exigences de souveraineté des États et les attentes des populations locales, dans un contexte où les ressources minières sont devenues un enjeu central de la géopolitique ouest-africaine.