La junior canadienne Desert Gold a lancé le 27 avril une campagne de forage de 4 250 mètres sur son projet aurifère SMSZ, au Mali. Cette initiative, financée par une levée de 7,1 millions de dollars canadiens, intervient dans un contexte de renégociation des contrats miniers en Afrique de l'Ouest. Elle illustre les tensions entre la nécessité d'attirer les investissements étrangers et la volonté des États de renforcer leur contrôle sur les ressources.
L'annonce de Desert Gold confirme la persistance de l'intérêt des juniors minières pour le sous-sol ouest-africain. En ciblant cinq zones, dont trois déjà pourvues en ressources, la société entend démontrer le potentiel du gisement SMSZ et préparer un plan de développement progressif. Cette approche par phases est typique des sociétés d'exploration qui cherchent à minimiser les risques tout en prouvant la viabilité économique du projet.
Ce nouvel investissement survient alors que le Mali a adopté en 2023 un nouveau code minier qui renforce la participation de l'État dans les projets aurifères (jusqu'à 30 %) et impose des clauses de contenu local. Desert Gold doit donc composer avec un cadre réglementaire plus exigeant, similaire à ceux mis en place par le Burkina Faso et le Niger voisins. Cela change la donne pour les juniors : la rentabilité dépend désormais autant de la géologie que de la capacité à négocier avec les autorités.
La levée de fonds de 7,1 millions de dollars canadiens témoigne de la confiance des investisseurs dans le potentiel aurifère malien, malès les incertitudes politiques et sécuritaires. Le pays reste le troisième producteur d'or d'Afrique, avec environ 65 tonnes par an. Toutefois, la part des revenus miniers dans le budget national a chuté ces dernières années, en raison de l'explosion de l'exploitation artisanale et de la contrebande. Le gouvernement cherche à inverser la tendance en multipliant les audits et en exigeant des juniors un engagement plus marqué dans le développement local.
Pour Desert Gold, l'enjeu est de transformer les ressources identifiées en réserves exploitables, tout en respectant les nouvelles contraintes. Si le projet SMSZ entre en production, il pourrait générer des recettes fiscales et des emplois, contribuant ainsi à la souveraineté économique du Mali. Mais le chemin est semé d'embûches : les retards administratifs, les tensions sécuritaires dans la région de Kayes (où se situe le projet) et la concurrence d'autres juniors pour les mêmes financements pèsent sur le calendrier.
Cette campagne de forage s'inscrit dans une tendance régionale plus large : depuis 2024, les projets d'exploration aurifère se multiplient en Afrique de l'Ouest, portés par des prix de l'or élevés (autour de 2 400 USD l'once). Cependant, les juniors doivent désormais intégrer des clauses de souveraineté élargie, comme la participation gratuite de l'État ou le rachat obligatoire d'une partie de la production par la banque centrale. Desert Gold constitue donc un cas d'école pour évaluer si ces nouvelles conditions sont compatibles avec la rentabilité des petits projets.
Au-delà de Desert Gold, c'est tout l'édifice minier ouest-africain qui se redessine sous la pression des États soucieux de capter davantage de valeur. Entre attractivité des investissements et affirmation de souveraineté, un équilibre fragile se met en place. Le projet SMSZ servira de test grandeur nature pour savoir si ce nouveau modèle peut concilier les intérêts privés et publics dans la région.