La mine de Houndé, deuxième plus grande mine d’or du Burkina Faso, a organisé une immersion médiatique les 3 et 4 juin 2026. Une initiative de transparence alors que le secteur minier régional est confronté à des défis sécuritaires croissants et à des attentes accrues en matière de retombées locales. Avec une production dépassant de 30 % sa capacité nominale, Houndé illustre les performances et les paradoxes de l’exploitation aurifère en Afrique de l’Ouest.

Infographie — Or · Production

Exploitée par le groupe canadien Endeavour Mining, la mine de Houndé a démarré sa production commerciale en 2017. Depuis, elle fonctionne à plus de 30 % au-dessus de sa capacité nominale, un exploit technique qui en fait l’un des actifs les plus performants du groupe. Cette surperformance permet à l’État burkinabè, actionnaire à 15 %, de percevoir des dividendes et des redevances conséquents, dans un contexte où les recettes minières sont cruciales pour financer les dépenses publiques et la lutte contre l’insécurité.

Une opération de transparence inédite

L’organisation, début juin, d’une immersion pour des journalistes burkinabè marque une volonté affichée de dialogue avec la société civile et les médias. Pendant deux jours, les participants ont pu visiter les installations et échanger avec les responsables sur les impacts environnementaux, sociaux et économiques. Cette démarche intervient alors que les communautés locales et les ONG réclament une meilleure redistribution des richesses minières, et que le Burkina Faso peine à contrôler l’exploitation artisanale illégale.

Performance et défis sécuritaires

La mine de Houndé est située dans l’ouest du pays, une zone relativement épargnée par les attaques jihadistes qui frappent le nord et l’est. Néanmoins, le contexte sécuritaire national pèse sur l’ensemble du secteur minier. Les convois de ravitaillement doivent être escortés, et les expatriés travaillent sous haute protection. Endeavour Mining a dû renforcer ses mesures de sécurité, ce qui alourdit les coûts d’exploitation. Malgré cela, la production reste soutenue, grâce à des investissements continus dans l’optimisation des processus.

Retombées économiques et capital humain

Au-delà des recettes fiscales, Houndé génère des emplois directs et indirects. La direction affirme contribuer au développement du capital humain via des formations techniques et des programmes de recrutement local. Toutefois, le partage des bénéfices reste un sujet sensible : de nombreuses communautés estiment que les retombées sont insuffisantes au regard de l’épuisement des ressources. Endeavour réplique en mettant en avant ses projets sociaux dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’accès à l’eau.

Perspectives régionales et enjeux de souveraineté

La mine de Houndé s’inscrit dans une dynamique régionale où l’or est devenu une matière première stratégique. Au Burkina Faso, l’or représente plus de 70 % des exportations totales. Les autorités cherchent à renforcer leur contrôle sur le secteur, notamment via des participations plus élevées dans les projets miniers et le développement d’une filière locale de raffinage. L’immersion médiatique à Houndé peut être interprétée comme une réponse aux critiques sur le manque de transparence, mais aussi comme un moyen de rassurer les investisseurs étrangers sur la stabilité du cadre opérationnel.

L’initiative de Houndé pose une question plus large : jusqu’où les entreprises minières sont-elles prêtes à aller en matière de transparence pour garantir leur licence sociale d’opérer ? Alors que la CEDEAO travaille sur un pacte d’intégration régionale et que les États renforcent leurs exigences, le modèle de l’exploitation aurifère en Afrique de l’Ouest pourrait bien évoluer vers plus de partage et de contrôle. Le chemin reste long, mais des gestes comme celui de Houndé ouvrent une brèche.