Le président nigérian Bola Tinubu a approuvé le 22 janvier 2026 des incitations fiscales ciblées pour le projet deep offshore Bonga South West Aparo, porté par Shell et ses partenaires, dont l'investissement potentiel atteint 20 milliards USD. Cette décision, annoncée le 23 janvier, prolonge le cadre de la Petroleum Industry Act et du décret de 2025 sur les incitations à l'efficacité des coûts. Elle révèle la tension entre la nécessité d'attirer les capitaux étrangers pour relancer la production pétrolière et la volonté de préserver la part de l'État dans un contexte budgétaire contraint.

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Un projet stratégique dans le paysage pétrolier nigérian

Le développement de Bonga South West, situé à plus de 200 km des côtes nigérianes, est l'un des plus ambitieux du pays. Avec des réserves estimées à plusieurs centaines de millions de barils, il pourrait ajouter jusqu'à 150 000 barils par jour à la production nationale, aujourd'hui plafonnée par les sous-investissements et les défaillances techniques. Shell, déjà opérateur du champ Bonga existant, cherche à étendre son empreinte en eaux profondes où les coûts d'extraction sont élevés mais les rendements potentiels importants.

Pourquoi maintenant : la course à l'investissement dans un marché tendu

Le timing de cette annonce n'est pas anodin. Le Nigeria, membre de l'OPEP, peine à atteindre son quota de production en raison du vieillissement de ses infrastructures et du manque de nouveaux projets. En 2025, la production oscillait autour de 1,3 million de barils par jour, loin du plafond de 1,5 million fixé par l'organisation. Dans le même temps, la compétition pour les capitaux internationaux s'intensifie, avec des pays comme le Brésil, le Guyana et la Mauritanie offrant des conditions fiscales attractives. Pour ne pas perdre de terrain, Abuja doit rendre ses gisements offshores plus compétitifs.

Des incitations ciblées mais risquées pour les finances publiques

Le dispositif approuvé inclurait un crédit d'impôt lié à la production, plafonné selon les termes de la réglementation. Si les détails restent confidentiels, la mesure s'inscrit dans le cadre ouvert par le "Notice of Tax Incentives on Deep Offshore Oil and Gas Production" de 2024. L'enjeu pour le Nigeria est de trouver le juste équilibre : offrir assez pour débloquer la décision finale d'investissement, sans rogner excessivement les recettes. Le pétrole représente encore 90 % des exportations et près de la moitié des revenus budgétaires. Toute concession fiscale doit être pesée face aux besoins de financement de l'éducation, de la santé et des infrastructures.

Un test pour le nouveau régime pétrolier post-PIA

Adoptée en 2021, la Petroleum Industry Act visait à moderniser le secteur en offrant plus de transparence et d'attractivité. Les incitations pour Bonga South West sont un premier test de sa flexibilité. Officiellement, Abuja les présente comme "ciblées et liées à l'investissement", excluant toute remise en cause générale du cadre fiscal. Reste à savoir si d'autres opérateurs réclameront un traitement similaire pour leurs projets en eaux profondes, ce qui pourrait éroder la base fiscale. Le gouvernement parie que les recettes supplémentaires générées par la production compenseront les pertes initiales.

Une dynamique régionale à surveiller

Au-delà du Nigeria, cette décision pourrait influencer les politiques pétrolières des autres pays d'Afrique de l'Ouest, comme le Ghana ou la Côte d'Ivoire, qui cherchent également à attirer des investissements dans leurs gisements offshores. La concurrence pour les capitaux s'intensifie, et chaque État doit arbitrer entre souveraineté fiscale et nécessité de développer ses ressources. La manœuvre nigériane, si elle réussit, pourrait devenir un modèle pour la région, ou au contraire déclencher une course aux incitations.

La décision d'Abuja illustre le dilemme des États pétroliers africains : pour attirer les investissements indispensables à la relance de la production, ils doivent accepter des concessions fiscales qui réduisent à court terme leurs marges budgétaires. Bonga South West est un pari sur l'avenir, dans un contexte mondial où la demande de pétrole reste soutenue mais où la concurrence est féroce. Le succès de ce projet déterminera si le Nigeria peut maintenir son rang de premier producteur africain tout en préservant ses intérêts souverains.