Le 25 août 2026, deux annonces confirment la montée en puissance pétrolière de l'Afrique de l'Ouest. Au Nigéria, la NNPC et ses partenaires ont signé l'avenant au contrat de partage de production du projet Bonga Southwest/Aparo, ouvrant la voie à un investissement de 15 à 21 milliards de dollars. Au même moment, Woodside annonce que le champ Sangomar, au Sénégal, a atteint une production de 99 000 barils par jour, soit 15 millions de barils cumulés. Ces deux jalons, intervenus après des mois de négociations et d'ajustements fiscaux, esquissent deux modèles de développement hydrocarboné distincts mais complémentaires.
Nigéria & Sénégal : deux trajectoires vers la souveraineté énergétique
Deux annonces majeures le même jour : le Nigéria signe l'avenant pour Bonga Southwest/Aparo, tandis que le Sénégal franchit un cap de production à Sangomar.
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Deux modèles, un même objectif
Le Nigéria et le Sénégal illustrent deux approches contrastées pour asseoir leur souveraineté énergétique. À Abuja, l'accord signé lundi au siège de la NNPC Ltd réunit Shell, ExxonMobil et Eni autour du projet Bonga Southwest/Aparo, en eaux profondes. Ce géant offshore, dont la production maximale est estimée à 175 000 barils par jour et 14 millions de pieds cubes de gaz quotidien, bénéficie désormais d'un cadre fiscal et commercial révisé, instauré par le décret présidentiel de 2026. L'objectif affiché : rendre les projets en eaux profondes plus compétitifs face à la concurrence mondiale et attirer les capitaux étrangers, longtemps freinés par l'instabilité réglementaire.
À Dakar, la trajectoire est différente. Le champ Sangomar, opéré par l'australien Woodside, a franchi le cap des 99 000 barils quotidiens, un niveau supérieur aux prévisions initiales. Cette performance, saluée par la compagnie, intervient alors que le pays s'apprête à lancer le gazoduc Grand Tortue Ahmeyim (GTA) avec la Mauritanie, un projet majeur de gaz naturel liquéfié. Le Sénégal, qui a pris la présidence de la CEDEAO en juillet 2026, semble vouloir capitaliser sur ses ressources pour financer son développement, tout en négociant un nouveau programme avec le FMI pour améliorer la collecte des recettes et la transparence des comptes publics.
Des réformes fiscales comme catalyseur
Le déblocage nigérian n'est pas un hasard. Il fait suite à une série de réformes fiscales initiées par le président Bola Tinubu, dont le décret de 2026 sur les incitations en faveur des projets en eaux profondes. Ce texte, combiné à l'avenant signé la semaine dernière, envoie un signal fort aux investisseurs : le Nigéria est prêt à assouplir ses conditions pour relancer sa production, qui stagne autour de 1,2 million de barils par jour. Le projet BSWAp, dont les études préliminaires d'ingénierie (Pre-FEED) sont achevées, pourrait entrer en phase de conception détaillée (FEED) d'ici la fin de l'année, avec une décision finale d'investissement attendue en 2027.
Au Sénégal, la montée en puissance de Sangomar s'inscrit dans une logique de maximisation des revenus à court terme. Le pays, qui a vu ses recettes pétrolières augmenter progressivement depuis le premier baril en 2024, cherche à équilibrer ses ambitions industrielles et ses besoins de financement. La production de 99 000 barils par jour, si elle se maintient, représenterait une manne significative pour un État dont le budget dépend encore largement de l'aide internationale. Mais cette réussite soulève aussi des questions sur la gestion des revenus, dans un contexte où l'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali continue de drainer des ressources vers des circuits informels, illustrant les défis de gouvernance qui persistent dans la région.
Une dynamique régionale contrastée
Ces deux avancées s'inscrivent dans un paysage ouest-africain en pleine recomposition énergétique. Alors que le Nigéria tente de regagner sa place de premier producteur africain, le Sénégal émerge comme un nouvel acteur, porté par ses découvertes offshore et le projet GTA. La CEDEAO, désormais présidée par Bassirou Diomaye Faye, pourrait jouer un rôle de coordination, mais les stratégies nationales restent largement individuelles. Le gazoduc GTA, dont la mise en production est imminente, devrait renforcer la position du Sénégal et de la Mauritanie sur le marché du gaz naturel liquéfié, tandis que le Nigéria, avec Bonga, vise à sécuriser ses parts de marché face à la concurrence du golfe de Guinée.
La flambée des cours du brut, consécutive aux tensions dans le détroit d'Ormuz, rappelle l'urgence pour les pays de la région de sécuriser leurs revenus. Mais elle met aussi en lumière leur vulnérabilité aux chocs extérieurs. Les deux projets, s'ils promettent des recettes accrues, exigent des investissements massifs et une gestion rigoureuse. Le Nigéria, avec ses 21 milliards de dollars, et le Sénégal, avec ses 99 000 barils quotidiens, dessinent deux modèles de souveraineté énergétique : l'un fondé sur la relance d'un géant endormi, l'autre sur l'émergence d'un producteur agile. Reste à savoir si ces trajectoires inspireront d'autres pays de la région, comme la Côte d'Ivoire ou le Ghana, qui observent avec attention ces évolutions.
Au-delà des chiffres, ces annonces révèlent une ambition partagée : transformer les ressources naturelles en levier de développement durable. Mais la réussite dépendra de la capacité des États à investir dans la transparence, la diversification et la formation, pour éviter que l'or noir ne devienne une malédiction. L'Afrique de l'Ouest, à l'heure où les cours mondiaux fluctuent, joue une partie décisive pour son avenir énergétique.