La Guinée a annoncé ce 6 mai un accord amiable avec Guinea Alumina Corporation (GAC) et Emirates Global Aluminium (EGA), mettant fin à un différend qui paralysait le secteur bauxitique. Cet accord, placé sous l'égide du Comité Stratégique de Simandou, prévoit le versement d'une indemnité à GAC en échange du transfert de ses actifs à Nimba Mining Company. Au-delà du règlement d'un conflit, cette décision signale la volonté de Conakry de sécuriser son environnement minier pour attirer les investissements nécessaires au mégaprojet de Simandou.
Selon le communiqué du Comité Stratégique de Simandou, l'accord met définitivement fin aux litiges nés de la suspension des activités de GAC et de l'interruption des approvisionnements en bauxite du groupe EGA. La Guinée verse un montant forfaitaire non dévoilé à GAC, qui lui transfère en retour ses actifs – notamment ceux liés au projet bauxitique de Sangarédi – à Nimba Mining Company (NMC). Par ailleurs, les accords d'approvisionnement entre la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) et EGA sont reconduits selon des conditions commerciales renégociées. Ce compromis permet à l'État de reprendre le contrôle d'un gisement clé tout en maintenant les flux d'exportation.
Ce différend, qui durait depuis la cessation des activités de GAC, illustrait les tensions récurrentes entre les multinationales et un État guinéen cherchant à accroître sa part des revenus miniers. En 2022, Conakry avait imposé une révision des conventions et suspendu certaines opérations, provoquant des arbitrages et une baisse des investissements. L'accord du 6 mai intervient après plusieurs mois de négociations menées sous la conduite du bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris, signe d'une volonté de sortir par le haut.
La présence du Comité Stratégique de Simandou comme instance de pilotage est révélatrice. Simandou, le plus grand gisement inexploité de fer au monde, requiert des investissements colossaux et une stabilité juridique. En réglant le contentieux bauxitique, la Guinée envoie un signal de prévisibilité aux partenaires de Simandou – notamment Rio Tinto, Chinalco et le consortium Winning – tout en réaffirmant son ambition de contrôler ses ressources minières via des sociétés nationales comme NMC.
Sur le plan économique, cet accord pourrait dynamiser le secteur bauxitique, qui représente environ le quart des recettes fiscales guinéennes. La reprise des exportations d'EGA et l'exploitation de Sangarédi par NMC devraient stabiliser les revenus de l'État, d'autant que la demande d'aluminium reste soutenue – notamment pour la transition énergétique. À plus long terme, la Guinée pourrait valoriser sa bauxite localement grâce au potentiel hydroélectrique du pays, créant des chaînes de valeur régionales.
Dans un contexte ouest-africain marqué par une montée des revendications de souveraineté minière (Mali, Niger), la Guinée opte pour une voie négociée plutôt que la rupture. Ce modèle – compensation financière, transfert d'actifs, reconduction des contrats – pourrait faire école. Il montre que la renégociation des termes n'est pas nécessairement synonyme d'expropriation, mais peut déboucher sur un compromis gagnant-gagnant, à condition que l'État dispose d'une vision stratégique claire.
Cet accord n'est qu'une étape. La véritable épreuve sera la mise en œuvre du projet Simandou, dont le succès dépendra de la capacité de la Guinée à maintenir un équilibre entre souveraineté et attractivité. En attendant, le secteur minier guinéen semble entrer dans une phase de consolidation qui pourrait redessiner les équilibres de la filière bauxite-aluminium en Afrique de l'Ouest.