Le 25 juin 2026, le Conseil des ministres gabonais a acté la dissolution de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) et créé Électricité du Gabon. Cette réforme intervient dans un contexte de déficit chronique de 336 MW, de délestages récurrents et d'infrastructures vieillissantes. Au-delà du cas gabonais, elle interroge la capacité des États africains à assurer leur souveraineté énergétique face à une demande croissante et à des investissements insuffisants. Depuis la renationalisation de 2018, la situation n'a cessé de se dégrader, et le recours à des financements chinois pour le barrage Kinguélé-Aval illustre les nouveaux équilibres géopolitiques du secteur.

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Une crise structurelle aux racines profondes

La dissolution de la SEEG n'est pas une décision soudaine, mais l'aboutissement d'années de dégradation. En 2023, le Gabon disposait d'une capacité installée de 704 MW pour une demande de 1 039 MW, soit un déficit de 336 MW. Les délestages frappent Libreville, Port-Gentil et Franceville, fragilisant l'activité économique et le quotidien des populations. Le parc hydroélectrique, qui représente environ 40 % de la production, repose sur cinq ouvrages vieillissants : Kinguélé (60 MW), Tchimbélé, Poubara, Bongolo et Médouneu. Le solde est assuré par des centrales thermiques coûteuses au gasoil et au gaz, exposant le pays aux fluctuations des cours internationaux.

Le directeur général sortant de la SEEG, Steeve Saurel Legnongo, a pointé un déficit pluviométrique dans la vallée de la Mbé : le niveau du barrage de Tchimbélé était descendu à 515,98 m, sous le seuil critique de 517 m. Kinguélé et Tchimbélé fournissent à eux seuls près de 40 % de l'électricité du Grand Libreville. Au-delà des aléas climatiques, c'est l'absence d'investissement dans le renouvellement des équipements de transport et de production depuis plus de vingt ans qui est en cause. La renationalisation de 2018, après la concession à Veolia, n'a pas suffi à inverser la tendance.

Réforme et dépendance chinoise : un nouveau paradigme?

La création d'Électricité du Gabon vise à rationaliser la gestion et attirer des capitaux. Mais la solution passe aussi par des projets nouveaux, comme le barrage Kinguélé-Aval, porté par l'entreprise chinoise Sinohydro. D'un coût de 120 milliards de FCFA (28 % de fonds propres, 72 % de financements extérieurs), cet ouvrage de 35 MW et 205 GWh par an doit être raccordé à la ligne 225 kV du réseau de Libreville. En janvier 2026, son avancement atteignait 54 %, avec une mise en service progressive annoncée pour fin mars et des essais entre août et septembre 2026. Ce projet illustre le rôle croissant de la Chine dans le secteur électrique africain, en échange de garanties sur les ressources naturelles ou d'accès aux matières premières.

Cette dépendance financière soulève des questions de souveraineté. Le Gabon, membre de la CEMAC et producteur de pétrole, voit ses marges de manœuvre réduites. Le plan national de développement vise pourtant à porter la capacité à 1 280 MW, un objectif ambitieux qui nécessitera des partenariats multiples et une diversification des sources. La leçon pour l'Afrique de l'Ouest est directe : plusieurs pays de la région, comme le Ghana, la Côte d'Ivoire ou le Sénégal, sont confrontés à des déficits similaires et à des réseaux de transport obsolètes. Leur intégration énergétique via le système d'échanges d'énergie électrique ouest-africain (EEEOA) pourrait être compromise si chaque État ne résout pas ses fragilités internes.

Une intégration régionale en suspens

Le contexte historique fourni rappelle que l'Afrique de l'Ouest cherche des solutions communes. Le « Pacte d'avenir » de la CEDEAO, dévoilé en mai 2026, comporte six piliers, dont l'énergie. Mais la crise gabonaise montre que les réformes nationales restent prioritaires. Au Togo, les centrales thermiques continuent de dominer malgré les investissements renouvelables. En Guinée, le barrage de Souapiti s'accompagne d'un programme de formation d'ingénieurs, signe d'une volonté de maîtrise technologique. Chaque pays avance à son rythme, avec des modèles différents : concession, renationalisation, PPP. Le Gabon a choisi une voie radicale, mais le pari est loin d'être gagné.

L'échec de la SEEG est un avertissement : sans investissements soutenus et sans maintenance adéquate, la souveraineté énergétique reste un vœu pieux. La question du financement est cruciale, mais aussi celle de la gouvernance et de la transparence. Les partenaires étrangers, qu'ils soient chinois, européens ou des fonds souverains, exigent des garanties. Le Gabon devra prouver que la nouvelle entité peut gérer efficacement les ressources et attirer les capitaux nécessaires sans hypothéquer son indépendance.

La dissolution de la SEEG au Gabon n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans une tendance plus large de restructuration des entreprises publiques d'électricité en Afrique, confrontées à des défis techniques, financiers et climatiques. Pour l'Afrique de l'Ouest, qui ambitionne une intégration énergétique régionale, cette expérience est riche d'enseignements. Elle rappelle que la souveraineté énergétique ne se décrète pas ; elle se construit par des investissements pérennes, une gestion rigoureuse et des partenariats équilibrés. Les États de la région, du Sénégal au Niger en passant par le Bénin, observeront avec attention les résultats de la réforme gabonaise.