Un consortium international a validé un investissement de 5,1 milliards de dollars dans le développement pétrolier offshore en Angola. Porté par Azule Energy, coentreprise d'Eni et bp, le projet Greater PAJ vise à endiguer le déclin de la production angolaise. Cette décision intervient alors que l'Afrique de l'Ouest cherche à attirer des capitaux pour ses propres réserves en eaux profondes, posant la question de sa compétitivité face à des voisins mieux établis.
Greater PAJ : 5,1 milliards $ pour enrayer le déclin
Le premier développement intégré transbloc d’Angola veut stabiliser la production à partir de 2029.
Production pétrole Angola (barils/jour)
🔗 Gouvernance du projet
Coentreprise 50/50 — Opérateur des blocs
🌍 Signal pour l’Afrique de l’Ouest
Alors que l’Angola stabilise sa production grâce à ce mégaprojet transbloc, l’Afrique de l’Ouest cherche à attirer des capitaux pour ses réserves en eaux profondes. La mutualisation des infrastructures (modèle intégré) et la clarté du cadre fiscal angolais pourraient inspirer des stratégies similaires au Nigeria, au Ghana ou en Côte d’Ivoire.
Un projet structurant pour un pays en quête de relance
L'Angola, deuxième producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne, voit sa production décliner depuis 2008, passant de près de 2 millions de barils par jour à environ 1,1 million en 2025. Le projet Greater PAJ, premier développement intégré transbloc du pays, illustre la stratégie des autorités pour inverser cette tendance. Avec des réserves estimées à 252 millions de barils et une capacité de production de 95 000 barils par jour, il devrait contribuer à stabiliser la production angolaise à partir de 2029.
Un modèle intégré pour maximiser la rentabilité
La particularité de Greater PAJ réside dans son caractère transbloc, reliant cinq champs situés sur deux concessions voisines. Cette approche permet de mutualiser les infrastructures et de réduire les coûts unitaires, un impératif dans un contexte de prix du pétrole oscillant entre 70 et 80 dollars. Azule Energy, détenue à parts égales par Eni et bp, opère les blocs avec 50 % de participation, aux côtés d'Equinor et de la nationale Sonangol E&P. Cette configuration associe partenaires internationaux et acteur local, conformément aux exigences de contenu local angolaises.
Quels enseignements pour l'Afrique de l'Ouest ?
Les pays ouest-africains, du Nigeria au Sénégal en passant par la Côte d'Ivoire et le Ghana, observent avec attention ces développements. Le Nigeria, confronté à une production historiquement basse (environ 1,2 million de barils par jour), peine à attirer des investissements majeurs en raison de l'instabilité fiscale et des retards dans l'adoption de la loi pétrolière. Le Ghana, avec ses champs en eaux profondes comme Jubilee et TEN, a vu sa production décliner après des années de sous-investissement.
La compétitivité des bassins ouest-africains en question
L'engagement d'un consortium majeur en Angola, malgré les défis techniques et politiques, envoie un signal aux investisseurs : les conditions-cadres angolaises, notamment via sa compagnie nationale Sonangol et son agence de régulation, offrent une visibilité relative. En comparaison, les législations ouest-africaines, souvent perçues comme moins stables, peinent à sécuriser des FID de cette ampleur. Le Sénégal, avec ses découvertes de gaz et de pétrole (Sangomar, Grand Tortue Ahmeyim), bénéficie d'un intérêt récent, mais les retards de mise en production et les tensions autour des termes contractuels freinent les ardeurs.
Enjeux géopolitiques et souveraineté énergétique
Au-delà des aspects économiques, ce projet pose la question de la souveraineté énergétique régionale. Les compagnies nationales ouest-africaines, souvent sous-capitalisées, peinent à jouer un rôle moteur dans les grands projets. La participation de Sonangol dans Greater PAJ, même minoritaire, témoigne d'une volonté de contrôle local. En Afrique de l'Ouest, la NNPC nigériane et la Petroci ivoirienne tentent de renforcer leurs capacités, mais les progrès restent inégaux.
Une course aux investissements dans un contexte de transition
Alors que la pression de la transition énergétique s'accentue, les majors pétrolières concentrent leurs investissements sur les gisements à moindre coût et à longue durée de vie. L'Angola, avec son potentiel en eaux profondes, se positionne comme un hub régional. Pour l'Afrique de l'Ouest, le défi est double : offrir un cadre fiscal compétitif tout en développant les infrastructures et le capital humain nécessaires. Le Nigeria, par exemple, tente de relancer son secteur avec la réforme du Petroleum Industry Act, mais les effets se font attendre.
Le projet Greater PAJ illustre une tendance lourde : les majors concentrent leurs efforts sur des bassins validés par l'expérience. Pour les États ouest-africains, l'enjeu est de créer un environnement attractif sans compromettre leurs objectifs de développement. La question reste ouverte : sauront-ils attirer des investissements de cette envergure ou verront-ils leurs voisins angolais et mozambicains capter les capitaux disponibles ?